Page d'accueil - Homepage


RINJANI (île de Lombok) : du 26 au 27 juillet

 

Séquence vidéo "youtube"; © Alino 2009

Le massif du Rinjani s'étend dans la partie septentrionale de l'île de Lombok. Il est le second sommet volcanique d'Indonésie, après le Kerenci à Sumatra. De la région de Mataram deux heures de route sont nécessaires pour atteindre son pied septentrional où l'ascension débute à Senaru. Le Rinjani est couronné, sans aucun doute, par une des plus belles calderas récentes au monde, la caldera Segara Anak qui s'étend selon une forme ovale sur 6 x 8.5 km. Elle tronque le flanc occidental du cône dont le flanc oriental est lui par contre abrupt. La moitié occidentale de la caldera contient un lac profond d'environ 230 mètres (plus précisément 205 m. selon des mesures récentes réalisées par une équipe de l'U.L.B.) dont la forme de croissant s'explique par la croissance du cône récent (post caldera), appelé Barujari, situé au centre de la caldera. Les éruptions historiques du Rinjani signalées depuis 1847 ont été limitées au cône Barujari et ont consisté en une activité explosive modérée accompagnée d'occasionnelles coulées de lave qui sont entrées, à plusieurs reprises, dans le lac Segara Anak. L'activité actuelle a débuté le 2 mai 2009. G.V.P.

A voir: "The 2009 eruption of Rinjani volcano (Lombok, Indonesia)" - U.L.B.

 


Carte et croquis publiées par le Parc National du Rinjani

Esquisse cartographique de la région du massif du Rinjani. Source : "Climbers's and Hikers's Guide to the World's Mountains & Volcanoes 4th Ed., June, 2001 ; Publication by Michael R. Kelsey"; p. 639.

Cartes illustrant les deux trajets principaux pour effectuer l'ascension du Rinjani et leur profil correspondant. Graphique © Alino


Après une heure quinze de vol, nous atterrissons à Mataram, ville principale de l'île de Lombok où un chauffeur nous conduira à l'hôtel Senggigi Beach. Nous y arrivons vers 23h et demandons immédiatement au réceptionniste de nuit qu'il nous réveille à 5h30 étant donné que nous serons pris en charge à cette heure pour l'excursion au volcan Rinjani. Après un plat de fruits exotiques frais dégustés dans la chambre, nous sombrons dans une sommeil profond.

A 6h, Daniel me réveille en sursaut. Le téléphone n'a pas sonné et nous sommes légèrement en retard. On s'habille rapidement et nous rendons à la réception avec nos bagages. Le chauffeur de l'agence "John's Adventures" nous y attend comme prévu. Nous demandons au réceptionniste les deux paquets "petit-déjeuner" qui nous avait été promis la veille. Ils ont été oubliés ! Pas de réveil, pas de petit-déjeuner dans un hôtel d'une telle catégorie, c'est surprenant pour Daniel dont, à mon avis, l'accent assez américanisé pourrait expliquer cette situation. Nous montons rapidement dans le véhicule de l'agence "John's Adventures". Dans un premier temps, on roule sur une belle route asphaltée le long de la côte jusqu'à la hauteur des îles Gilis puis sur une route plus étroite et défoncée vers le petit village de Senaru niché à 500 m. d'altitude sur le flanc septentrional de l'imposant Rinjani. Nous parvenons vers 8h30 à la maison qui abrite l'agence de John, véritable homme d'affaires éclairé et avisé. John est un petit bonhomme rondouillard qui sait ce qu'il veut dans la vie : devenir riche ! Ils nous offre une collation de bienvenue et nous décrit brièvement l'excursion jusqu'à la crête de la caldera du Rinjani. Ce ne sera pas une partie de plaisir du point de vue physique mais la randonnée sera sans doute belle et intéressante ! Huit heures de marche au moins seront nécessaires avec trois à quatre pauses intermédiaires incluant une halte déjeuner au poste de repos 2 situé à 1500 m. d'altitude.

John nous accompagne en voiture jusqu'au bureau du Parc National du Rinjani où nous allons enregistrer, signer le livre des visiteurs et acquitter le droit d'entrée. Nous sommes accompagnés par un guide local et deux porteurs chargés de transporter la tente, la nourriture ainsi que le matériel de cuisine. On se met finalement en marche vers 9h depuis un lieu situé à une altitude d'environ 600 mètres. La randonnée démarre dans une zone de bananeraies et de plantations diverses (patates douces, etc.). Après une demi-heure de lente et progressive montée, nous atteignons une petite échoppe où sommes attendus par un couple de personnes âgées, probablement d'anciens cultivateurs, qui proposent boissons et biscuits.

Après une courte halte, nous passons sous l'arche qui marque l'entrée du Parc National. Dès ce moment, on se trouve dans une forêt tropicale humide assez dense, très riche et très belle. De nombreuses fougères jalonnent le chemin ainsi que des plantules à baies vertes. Dès après le départ, on aperçoit quelques singes noirs foncés (dits singes feuille d'ébène) qui hurlent d'un timbre de voix aigu. Ils sont ici appelés lutung. Nous poursuivons notre ascension de plus en plus abrupte sur un sentier légèrement humide traversé d'une multitude de racines formant, par endroits, des marches naturelles. La chaleur est moite et  impose de boire très régulièrement. Nous atteignons une étape intermédiaire appelée poste 1bis où un abris est posé à 915 m. d'altitude, soit un dénivelé de 315 m. depuis le point de départ. Un rafraîchissement, une banane et quelques biscuits sont les bienvenus. Nous poursuivons notre lente marche vers le poste 1 situé à 1150 m. d'altitude. qui est atteint une heure plus tard. Quelques 550 mètres de dénivelé ont été franchis en à peine 2 heures. On est dans les temps ! Nous buvons beaucoup. L'hydratation est un élément primordial dans ce type de longue ascension en climat tropical. Le sentier prend une allure un peu plus abrupte. Il faut parfois s'accrocher aux racines ou aux branches afin de franchir plus aisément certains passages plus raides et glissants. A notre surprise, nous croisons le chemin d'assez nombreux excursionnistes qui redescendent en compagnie des porteurs.

Vers midi trente, nous atteignons le poste intermédiaire à 1500 m. d'altitude. C'est ici que nous allons déjeuner et profiter d'un repos bien mérité après une ascension d'un dénivelé de 900 m. sur une distance d'environ 5 km. Notre guide s'empresse de sortir de son sac à dos les ustensiles nécessaires à la préparation du repas. Nous allons avoir droit à un déjeuner de roi. Les porteurs font chauffer l'eau sur un tas de bois morts ramassés dans la forêt environnante. J'en profite pour faire sécher mon t-shirt trempé par la transpiration. Nous nous mettons à table, en réalité une planche de bois surélevée, et dégustons un plat de poulet rôti garni de légumes frits et de riz blanc que nos amis ont concocté. Le repas se termine par un dessert et un petit café. C'est comme au restaurant, à la nuance près que nous sommes installés au milieu d'une forêt tropicale couvrant les pentes d'un gigantesque volcan. Une courte mais revigorante sieste sera la bienvenue !

Vers 13h30, nous reprenons notre lente et longue marche vers le troisième poste de repos situé à 2000 m. d'altitude. Il nous faudra 2 heures avant de l'atteindre. A l'évidence, on y attendu par une colonie de macaques qui épient le moindre de nos gestes et, surtout, espèrent avidement la survenue de la moindre de nos maladresses. Ils ne sont pas très farouches mais tiennent à conserver une certaine distance vis-à-vis du visiteur. Quelques uns tentent néanmoins une incursion plus osée vers les sacs remplis de victuailles. Ils en sont rapidement dissuadés par quelques engueulades tonitruantes. Bande de sales macaques ! Un chef de bande, trônant sur un petit promontoire, surveille sa troupe et impose son autorité. Il ramène à l'ordre tous ceux qui lui paraissent s'approcher excessivement des touristes. Nous regardons avec curiosité et amusement ce ballet animalier pendant qu'ananas et bananes sont avalés à l'abris de ces petits singes effrontés.

Nous repartons vers notre dernière étape intermédiaire plantée à 2500 m. d'altitude, juste avant l'ascension finale. On quitte bientôt la forêt tropicale pour entrer dans une zone de végétation plus clairsemée, une savane où arbres isolés, essentiellement des simili pins de montagne appelés Cemara, partagent le sol avec des hautes herbes et autres arbustes épineux du genre acacia ainsi où poussent de belles petites orchidées mauves. Le panorama se dégage et permet d'apercevoir la crête de la caldera. La randonnée s'effectue sous un ciel bleu et donc un soleil de plomb. Le port de la casquette est indispensable ! Vers 16h, nous atteignons finalement le poste de repos 3bis à environ 2500 m. d'altitude ou profitons de quelques instants à l'ombre sous l'abris édifié par les ouvriers du Parc National. L'étape la plus courte mais aussi la plus pénible, selon notre guide, est devant nous. Il s'agira de grimper en ligne droite vers la crête de la caldera en empruntant une barre rocheuse jonchée de blocs instables. Il faut régulièrement s'agripper à la roche pour pouvoir passer à l'étape suivante et ainsi de suite. Daniel souffre ! Je l'encourage comme je peux en lui répétant de fixer régulièrement un autre rocher comme étape supplémentaire et ainsi de suite. Je finis par le laisser dans les trois dernières centaines de mètres, afin de pouvoir le photographier à son arrivée sur la crête de la caldera, et laisse à notre guide le soin de l'accompagner moralement, ce qu'il fera très bien d'ailleurs.

Nous sommes bien sûr très heureux d'avoir atteint la crête de la caldera, à 2640 m. d'altitude, et d'y être arrivés sans trop de peine finalement. Le trajet est long mais ne présente aucune difficulté technique particulière si ce n'est peut-être l'ascension terminale dans le rocher. Daniel est très heureux d'avoir réussi un tel défi, une ascension comportant 2000 mètres de dénivelé. Il a cessé de fumer régulièrement afin de pouvoir tenter cette aventure et il en est très heureux. A notre arrivée, nous nous assoyons sur la crête pour contempler et admirer ce grandiose et magnifique paysage. Bien sûr, nous ne sommes pas seuls. Néanmoins, les tentes sont suffisamment espacées pour pouvoir profiter d'un sentiment de relative solitude et ressentir la relative quiétude du lieu. Je dis relative quiétude car le cône intérieur du Rinjani, le Barujari, est en activité. C'est une activité légère qui se manifeste par une coulée de lave en blocs/scoriacée qui se révèle incandescente au fur et à mesure que l'obscurité apparaît. L'incandescence de la bouche du nouveau cratère excentré est tout à fait visible. Il y a plusieurs centres de rougeoiement dans le cratère latéral mais une seule bouche principale semble percer la cuvette à fond plat. En contrebas, la coulée sombre dégaze et de la vapeur d'eau se dégage au contact du lac, preuve que le front lavique est encore très chaud. Pendant que nous admirons le panorama et observons l'activité, nos compagnons ont déjà installé la tente, les sacs de couchage et sont en train de préparer le repas. Un thé au citron rafraîchissant nous ai servi. On profite des belles couleurs du coucher du soleil pour photographier le côté oriental de la caldera. Je profite aussi des dernières lueurs pour fixer l'activité du cône Barujari au moyen de mon petit caméscope. Vers 19h, le soleil vient de disparaître à l'horizon en mettant en exergue le cône parfait de l'Agung sur l'île de Bali posé à côté de celui du Batur.

L'incandescence est à présent bien visible et permet de distinguer l'ensemble des points chauds dans le nouveau cratère qui est limité en aval par un petit dôme (excroissance générée lors de la formation du nouveau cratère adventif). L'activité est accompagnée d'un son de locomotive à vapeur. Il n'y a plus d'explosions comme en juin dernier. L'éruption a débuté le 2 mai et se poursuit selon une intensité fluctuante. Nous prenons une série de photos à pauses longues puis décidons d'aller nous coucher car la journée a été longue et fatigante et il faudra redescendre demain matin dès 7 h. J'entends déjà Daniel ronronner dans la tente où il y a suffisamment d'espace pour trois personnes. On nous a vivement conseillé de placer à l'abris tous nos sacs, chaussures et autres objets car les macaques et chiens errants rodent à l'affût de tout objet. Un peu fatigué, j'imagine un macaque s'enfuir avec mes chaussures de marche aux pattes ! Je ne parviens pas à trouver le sommeil, peut-être à cause de l'altitude ou de la pleine lune, et en profite pour sortir régulièrement de la tente afin d'observer l'activité du cône et admirer le beau ciel étoilé. Mais il fait froid et le vent glacial est fort. La toile de tente claque au vent et génère un bruit épouvantable qui empêche le sommeil profond. Lors d'une de mes sorties nocturnes, j'en profite pour goûter une bière en canette qui a eu le temps de bien refroidir. Je la déguste quasi à la sauvette mais Daniel n'est pas dupe. Il s'est aussi levé et m'a pris sur le fait (hihi) !  Nous partageons donc le précieux breuvage dans un air froid et revigorant. La suite de la nuit sera un peu plus calme et reposante.

A 6h, nous nous levons et sommes accueillis par un surprenant chocolat chaud. Un copieux petit-déjeuner ai ensuite servi avant que la descente ne débute vers 7h. Nous respectons toutes les étapes de repos de la montée et arrivons à Senaru vers 13h après une marche qui m'a paru paradoxalement plus longue qu'à l'aller. Nous sommes bien heureux de nous rendre compte que tous les détritus laissés la veille par les excursionnistes ont complètement disparu. Un nettoyage efficace a été effectué dès l'aube et, à nos yeux, il justifie pleinement le droit d'entrée dans le Parc. Au total, nous aurons parcouru plus d'une vingtaine de km aller-retour. Au bureau du Parc, l'équipe est attendue par un minibus où deux autres clients, de nationalité hollandaise, la rejoignent. Le véhicule nous ramène au bureau où on est accueilli chaleureusement par le patron. Une tournée de Bintang clôturera cette très belle randonnée. A Senggigi, nous profiterons d'un repos bien mérité jusqu'en fin d'après-midi avant de prendre la route vers l'aéroport de Mataram et rejoindre Bali après 30 minutes de vol. C'est à Sanur que je laisserai Daniel pour poursuivre seul mes aventures sur les volcans de Java Est, Bali et Nord Sulawesi.

L'entrée toute en fraîcheur de notre hôtel à Senggigi.

De la plage de Senggigi au coucher du soleil, l'Agung et le Batur trônent majestueusement devant nos yeux.

La vue est exceptionnelle du bureau de l'agence, qui fait aussi office d'habitation privée, de John.

A gauche, le sommet du Rinjani (alt.: 3726 m.); au centre, la grande vallée qui entaille le flanc nord du volcan; à droite, la crête que nous atteindrons aujourd'hui en fin d'après-midi après 2000 m. de dénivelé.

La demeure, l'échoppe et le bureau de John.

Le court briefing avant la longue ascension qui comporte un dénivelé total de plus de 2000 mètres.

Les derniers préparatifs sur la terrasse ensoleillée.

Le début de la randonnée (trek) du Rinjani a lieu en douceur et dans la chaleur.

Notre guide boucle son sac à dos.

Daniel est en passe de passer le portail marquant l'entrée principale du Parc National du Rinjani. Aux alentours, nous apercevrons les petits signes noirs de la forêt humide se faufiler d'arbres en arbres.

Etrange structure arbustive.

Préparation du repas de midi. Il sera bien trop copieux pour nos petits estomacs européens. Les cuisiniers n'oublient pas d'agrémenter le plat principal de quelques piments locaux.

Dans la partie supérieure, à de rares endroits et pour une courte distance, le sentier devient miraculeusement plat.

Ce macaque, qui squatte à 2000 m. d'altitude, n'a pas l'air commode ! ...

... et ceux-ci cherchent patiemment de la nourriture parmi les détritus laissés par les visiteurs du jour.

La crête de la caldera se rapproche inexorablement mais encore trop lentement à notre goût.

De belles orchidées d'altitude et de savane émerveillent les yeux

Dans le creux, on peut distinguer les volcans Agung et Batur s'élevant sur l'île de Bali distante de quelques dizaines de km.

Le paysage de la dense forêt tropicale fait place petit à petit à une savane parsemée de quelques arbres isolés et de pins.

A nouveau, les volcans Agung et Batur de Bali nous saluent !

Il ne nous reste qu'environ 150 mètres de dénivelé avant d'atteindre le bord de cette fameuse caldera Segara Anak. Le dernier ressaut se révèlera le plus pénible.

Daniel a réussi son défi en allant jusqu'au bout de lui-même pour atteindre ce lieu grandiose.

Et voilà la récompense tant attendue : la vue sur une superbe caldera magnifiée par un lac au bleu profond et un cône de scories actif.

Vue rapprochée du cône Barujari en activité.

La couleur de la partie méridionale du lac semble plus homogène. Elle est à l'évidence moins affectée par l'activité hydrothermale et celle du cône Barujari.

Le cratère central du cône Barujari est flanqué par une nouveau cratère apparu vers le 2 mai qui est sans doute en communication avec le cratère sommital.

Une excroissance de lave (petit dôme rougeâtre) ferme le nouveau cratère vers le bas. En réalité, c'est une assez large dépression, de faible profondeur, taillée dans le flanc est du cône.

Le front des coulées scoriacées est le siège d'une libération de vapeur d'eau au contact de l'eau du lac, preuve qu'il est encore très chaud.

Le cône Barujari émerge de la végétation bordant le bord occidental de la caldera.

Notre tente trône au sommet d'une butte d'où la vue sur la caldera Segara Anak est imprenable.

Un des cuisiniers s'attelle à la préparation d'un bon thé chaud au citron et, ensuite, au repas.

Le soleil s'évanouit lentement !

Le sommet du Rinjani (alt.: 3726 m.)

La première incandescence apparaît bientôt au niveau de la coulée et des bouches du nouveau cratère.

A présent, l'incandescence de la lave n'est plus affectée par la lumière du jour et le spectacle devient dantesque.

Derniers rayons de soleil réfléchis sur le volcan Agung à Bali.

Lever de soleil sur la caldera Segara Anak.

Nos amis préparent un bon chocolat chaud...

... que nous buvons avec délectation !

Derniers regards enchanteurs sur ce magnifique endroit avant la descente vers Senaru.

A droite, la barre rocheuse que nous avons escaladée à l'aller.

Descente rapide vers l'abris située à la cote 2500 m.

La descente se poursuit dans la cendre fine.


Photos © Alain Melchior/Alino; juillet 2009.

Photos par Thierry Sluys, juin 2009.


 "The 2009 eruption of Rinjani volcano (Lombok, Indonesia)" - U.L.B.