Page d'accueil - Homepage


KELUT (Java) : 23 août

 

Le strato-volcan Kelut, à la structure volcanique peu évidente, culmine à 1732 m. d'altitude et contenait un lac de cratère jusqu'à fin octobre 2007. Ce volcan a été la source de plusieurs éruptions parmi les plus meurtrières en Indonésie. Un groupement de dômes de lave sommitaux, recoupés par de nombreux cratères, ont donné une forme très irrégulière au sommet. Des cônes adventifs et des dômes de lave sont également situés sur les pentes inférieures des flancs est, ouest et S.S.O.. L'activité volcanique a en gros migré dans le sens des aiguilles d'une montre aux alentours du complexe des bouches sommitales. Plus de 30 éruptions du Gunung Kelut ont été identifiées depuis l'an 1000 après J-C. L'éjection d'eau du lac de cratère durant les épisodes éruptifs courts, mais violents, ont généré des coulées pyroclastiques et des lahars qui ont causé des nombreuses perte en vies humaines et des destructions. Suite à l'éruption meurtrière de 1919, un ambitieux projet de drainage du lac a été mis en place par les Hollandais. Le projet initial fut d'abaisser le niveau du lac de plus de 50 mètres mais l'éruption de 1951 a approfondi le cratère de 70 mètres, laissant 50 millions de m3 d'eau après la réparation des tunnels de drainage endommagés. Après les 200 victimes de l'éruption de 1966, un nouveau tunnel plus profond a été construit et a permis d'abaisser le volume du lac à un million de m3 avant l'éruption de 1990. G.V.P.

 


Carte illustrant le trajet routier de l'aéroport de Surabaya au sommet du Kelut en passant une nuit à Batu.

Carte des zones susceptibles d'être à évacuées lors de la crise éruptive de fin 2007.

Nous partons de l'hôtel Mutiara Cottage vers 8h. Sur la route, le trafic est bien moins dense qu'à l'aller et arrivons donc relativement à l'avance à l'aéroport Soekarno Hatta de Jakarta pour embarquer dans un Boeing 737 de la compagnie indonésienne Garuda à destination de la deuxième plus grande ville du pays, Surabaya. Une heure trente de vol plus tard et nous y sommes déjà. A la sortie de l'aéroport, Imam nous attend comme prévu. Imam travaille pour le compte d'une toute nouvelle agence de tourisme dénommée "Global Adventure Indonesia". Il est chargé de nous conduire pendant trois jours sur deux volcans de Java Oriental, l'un très fameux du point de vue touristique, le Bromo, et l'autre, beaucoup moins connu et visité, le Kelut. Nous commencerons par une visite au grand cratère du Kelut où fond duquel on peut aujourd'hui observer une particularité géologique toute récente. Pour ce faire, nous nous rendons à Batu, petite ville agréable située à 800 m. d'altitude au-dessus de la grande ville de Malang. La circulation est toujours aussi dense et anarchique. On roule dans tous les sens avec tous les moyens de transport imaginables. Un vrai capharnaüm indescriptible pour nous les Occidentaux. A notre étonnement, tout se déroule relativement bien dans la bonne humeur au milieu des coups de klaxon et trompette. Dire qu'il faudra que je conduise sur cet enfer routier. J'ai en effet décidé de louer un petit véhicule pseudo 4x4 (Suzuki Katana) à Bali pour faire, notamment, une incursion de quelques jours à Java Est. J'en ai des frissons à l'avance ! Ne dit-on pas que chaque jour suffit sa peine ! Nous poursuivons donc notre route vers Batu que nous atteignons vers 20h30. L'hôtel choisi est situé dans un joli cadre, le Klub Bunga.

Malheureusement, au réveil, le ciel est gris et bouché. Nous sommes déçus parce qu'on aurait du apercevoir, de l'hôtel, l'imposant complexe volcanique de l'Arjuno Welirang. Et la grisaille ne se disperse toujours pas ! Pas de chance ! Batu est une petite ville de villégiature spécialisée dans la culture de la pomme, un fruit pas vraiment exotique. Nous quittons rapidement les lieux, où de superbes statues d'animaux en pierre ornent jardins et couloirs, pour reprendre la route vers le volcan Kelut.  Quatre heures de trajet sur une étroite route sinueuse de montagne seront nécessaires avant d'atteindre le cratère du Kelut via les villes de Pare et Wates. La circulation est ici beaucoup moins dense mais les lents camions polluants, circulant sur d'étroites routes sinueuses et pentues, nous empêchent de conserver une bonne moyenne kilométrique horaire. Régulièrement, au détour de virages, on demande à Imam d'arrêter le véhicule pour fixer l'instant présent sur carte digitale. Nous nous arrêtons quelques minutes afin d'apercevoir, au loin, le lac Selorejo et les rizières qui l'entourent. Un peu plus loin, ce sont de magnifiques bambous géants qui bordent la route de montagne. Nous traversons rapidement la grande ville de Pare avant d'atteindre Wates, la petite cité à partir de laquelle on accède au sommet du Kelut.

La route grimpe d'abord dans des plantations d'hévéa alignés géométriquement avant de passer dans une zone de papayers puis finalement dans des cultures de plus haute altitude (choux, oignons, carottes). Nous passons devant le poste d'observations du Kelut depuis lequel nous distinguons nettement des pointes élancées sur la bordure du grand cratère. Ce sont des groupements d'anciens dômes de lave recoupés par de nombreux cratères, ce qui donne une forme très irrégulière au grand cratère sommital. En nous rapprochant, nous découvrirons que ces aiguilles sont formées de colonnes laviques prismatiques très bien formées. Mais nous ne sommes pas encore au cratère. Il y a un petit problème ! L'étroite route abîmée est interrompue par un glissement de terrain au niveau d'un cours d'eau. Le véhicule ne peut passer sur le petit pont qui a été à moitié emporté par les eaux. Il faudra donc trouver une solution pour assouvir notre envie de découvrir l'intérieur de cratère. De plus, le temps est mauvais. Le ciel est nuageux, un ciel plombé à vrai dire, et la pluie menace même de tomber à chaque instant. Nous regardons autour de nous et la solution se trouve sous nos yeux ! On montera au sommet en motocyclette. Un Indonésien propose de nous emmener mais Daniel manifeste le désir de conduire lui-même l'engin à deux roues. Il négocie le prix et m'embarque à l'arrière. Nous passons sans difficulté le pont partiellement emporté avant d'entamer les lacets de la route, localement à pente très raide. La moto s'essouffle et finit par caler ! Mon poids, approchant les 100 kg, est en cause. Il faut descendre de l'engin ! Avant d'atteindre le grand parking près du cratère, il aura fallu recommencer la manoeuvre à trois reprises. Ouf, nous sommes finalement parvenus à destination ! On descend à grandes enjambées le chemin qui mène rapidement, via un tunnel, à l'intérieur du cratère. Cette galerie a été creusé dans la roche de la paroi du cratère par les Hollandais après la terrible éruption de 1919, qui a coûté la vie à 5000 personnes emportées par des coulées de boue, afin d'évacuer une grande partie du lac de cratère de l'époque. A présent, il ne sert plus qu'aux visiteurs, principalement Indonésiens.

A la sortie de la galerie sombre, nous découvrons la structure qui a tant fait parler d'elle et qui a surpris beaucoup de volcanologues, dont notre ami Alain Bernard de l'U.L.B. à présent privé d'un des ses sujets d'étude favori, le lac de cratère du Kelut, un calorimètre naturel comme il se plaisait à le répéter à ses étudiants. Cette structure est un dôme de lave andésitique qui s'est substitué au lac qu'il a littéralement phagocyté en le vaporisant. Il ne subsiste plus qu'une minuscule portion sous la forme d'une marre d'eau turquoise laiteuse, située du côté tunnel.

Près de deux ans après sa mise en place, le dôme est encore le siège de libération de vapeur d'eau et exhibe des zones d'altération hydrothermale blanchâtre. Il est couronné par une imposante protubérance posée, comme en suspension, sur le haut du dôme. La vue est spectaculaire et assez étrange. Devant le volume de roche grisâtre, je déroule, pour Daniel, la chronologie des différentes phases d'activité depuis mi 2007, l'évolution de quelques paramètres physico-chimiques (notamment du flux de CO2 et de la température) mesurés par les équipes de l'U.L.B. et lui expose enfin les différentes théories concernant la genèse de la roche du dôme. Il est assez stupéfait de voir cette énorme protubérance qui a surgi du lac en quelques jours. D'après les informations reçues au poste d'observations volcanologiques du Kelut, la lave extrudée aurait la même composition que celle de la dernière éruption de 1990 et pourrait donc être un reliquat magmatique de cette éruption. Elle aurait achevé sa cristallisation/consolidation à faible profondeur. La roche andésitique contient en effet de grands cristaux (phénocristaux), révélant ainsi que la cristallisation au sein du magma a été très lente. Dans cette hypothèse, la cristallisation à faible profondeur aurait duré 17 ans. Le volcano-sismologue Hendra Gunawan de Bandung m'a confirmé cette hypothèse.

Nous descendons rapidement les marches d'escalier qui mènent au dôme avant de nous arrêter devant une porte grillagée doublement cadenassée et entourée de barbelés infranchissables. L'accès au dôme est bel et bien interdit et impossible ! Après avoir admirer les magnifiques orgues basaltiques qui surplombent notre tête, nous remontons vers le nouvel escalier qui nous mènera sur la bordure du cratère, juste au-dessus du tunnel. Nous grimpons les hautes marches jusqu'en haut où nous profitons d'un magnifique point de vue sur le dôme "fumant".

Après avoir pris quelques photos, nous redescendons afin de rejoindre "notre" petite moto indonésienne. La pauvre, elle va encore souffrir ! Le propriétaire de l'engin est présent. Il veut probablement s'assurer que son deux roues lui reviendra dans l'état dans lequel il nous l'a prêté. Nous revenons finalement sans encombre au point de départ où je remarque que mes sandales ont pris un sale coup dans l'aventure. Traînant la patte à plusieurs reprises, la semelle d'une des chaussures s'est décollée quasi entièrement. Un groupe de dames indonésiennes coiffées d'un foulard s'approchent de nous. Elles souhaitent faire une photo en notre compagnie. Elles ont l'air bien marrantes, surtout l'une d'entre elles que nous surnommerons "Queen of the Kelut". C'est une femme d'un certain âge assez coquine et très comique ! Tout se termine dans une ambiance bon enfant et chacun repart avec ses photos.

Quant à nous, nous reprenons la route vers Malang, où je rachèterai de nouvelles sandales. Mais avant, nous décidons de nous arrêter au poste d'observations du Kelut où nous sommes accueillis par deux techniciens qui nous expliquent succinctement les techniques utilisées dans le cadre de la surveillance du volcan.

L'hôtel "Klub Bunga" et ses magnifiques jardins où trônent d'imposantes statues en pierre volcanique.

Culture en terrasses de choux, légume phare en altitude avec l'oignon.

Cultures dans un sol volcanique très fertile, ici de la patate douce.

Bambous géants. On les trouve pratiquement partout en Indonésie.

Malgré leur lourde charge, ils ont encore l'énergie pour un petit sourire à destination du photographe !

Le temps est maussade sur le Kelut. La pluie est imminente.

On aperçoit l'édifice qui borde le parking des visiteurs. Mais aujourd'hui, le parking sera vide de véhicules 4 roues...

... en voici la raison !

Un petit pont vient de s'effondrer partiellement et n'autorise plus le passage de véhicules à 4 roues.

Daniel est fier de nous présenter sa nouvelle acquisition temporaire, une petite moto 125cc toute indonésienne.

Et ça passe !

La galerie creusée par les Hollandais après la meurtrière éruption de 1919.

Des anciens dômes de lave recoupés par un cratère plus récent ceinturent le grand cratère du Kelut.

Les superbes prismes/orgues de lave (la roche est probablement un basalte andésitique).

Le dôme de lave, provoquant la vaporisation du lac, émerge du lac entre les 3 et 4 novembre 2007. Image de la webcam du CHGVM le 4 novembre 2007.

Le dôme de lave andésitique du Kelut, structure géologique toujours surprenante !

L'escalier descendait jusqu'au bord de l'ancien lac. A présent, la partie inférieure a été recouverte par l'imposante masse de roche.

Altération hydrothermale causée par les fumerolles qui s'échappent encore du dôme.

La masse de roche "fumante" a une hauteur estimée d'une centaine de mètres et sa base recouvre environ l'ancien lac de cratère. Son volume estimé serait d'environ 2 millions de m3.

 Seule subsiste une petite portion du lac, située du côté nouvel escalier.

Le dôme de lave à la base quasi circulaire s'impose à la vue du visiteur.

L'extrusion finale, une petite protubérance affinée comme une lame sur un des ses bords, couronne le dôme parmi un chaos de rochers grisâtres.

Non, ce ne sont pas les marches de la Grande Muraille de Chine mais bien celles qui mènent à la bordure du cratère.

Alain et ses sandales percées -- Un groupe de femmes javanaises visitant le Kelut

Les figures réalisées dans le cadre d'une étude du Service du Prof. Alain Bernard (en collaboration avec Agnès Mazot notamment)


Photos © Alain Melchior/Alino; juillet 2009.

Eruptions du KELUT (G.V.P.) !

Crise éruptive fin 2007.

Growing lava dome observed in the lake of Kelud volcano, Indonesia (A. Bernard; U.L.B.)

Photos spectaculaires de la croissance du dôme de lave par Tom Pfeiffer (Volcano Discovery)