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L’île de Sulawesi est
le produit d’une histoire géologique et géodynamique très complexe. Cette île,
en forme de K, se situe à la conjonction de trois plaques (plaques Pacifique,
Philippines et Indo-Australienne ) et du bloc de la Sonde (Sunda) qui possède
une dynamique indépendante de la mégaplaque Eurasienne. La haute sismicité dans
la région de Sulawesi-Halmahera prouve que les déformations y sont importantes.
Elles impliquent plusieurs collisions et rotations de blocs continentaux, arc
insulaires et autres secteurs océaniques.

Fig. 1a. Contexte
géodynamique global de l'Asie du SE

Fig. 1b. Contexte
géodynamique global de l'Indonésie (flèches : déplacement en mm/an)

Fig. 2. Complexité
de la tectonique globale en Asie du SE --
Earthquake Occurrences in the Northern Part of Indonesia 2008-2009

Fig. 3a. Sismicité
et tectonique globale de Sulawesi --
High slip rate for a low seismicity along the Palu-Koro active fault in central
Sulawesi (Indonesia)
Olivier Bellier,
Michel Sébrier,Thierry
Beaudouin,Michel Villeneuve,Regis Braucher,Didier Bourlès,Lionel Siame,Eka
Putranto et Indyo Pratomo


Fig.3b Distribution spatiale des
foyers des séismes de 1973 à
aujourd'hui répertoriés par l'USGS/NEIC.
En rouge
: subduction vers l'Ouest de Sulawesi Nord ;
en vert : subduction
vers l'Est d'Halmahera;
en bleu:
subduction vers l'Ouest-Sud-Ouest du bloc de la Mer de Banda (poussé par la
plaque Australienne).
Diagrammes
&
modèle
©.Alino
Modèle VRML
(logiciel
gratuit
de
visualisation de fichiers VRML); ©.Alino
La
zone de suture d'âge Néogène de Sulawesi-Halmahera-- Mécanisme de double
subduction
L’île de Sulawesi, située en Indonésie orientale, se situe en gros à la jonction
triple des plaques Pacifique (via la plaque des Philippines), indo-australienne
et eurasienne. Sa forme particulière résulte d’une histoire complexe de
collisions et de rotations ultérieures de lambeaux continentaux, d'arcs
insulaires et de domaines océaniques au contact du bloc de la Sonde (Sunda), à
savoir le sud-est de la plaque eurasienne. Actuellement, Sulawesi est traversée
obliquement par l'un des principaux systèmes de failles limitant la plaque
Eurasienne à l'Est: c'est le système de failles de décrochement sénestre de
Sulawesi Centrale (CCA). Ce système de failles comprend deux zones de failles :
la zone de failles orientées N.N.O. de Palu-Koro (PKF) et celle de Matano (MF)
où les failles sont orientées O.N.O.. Ce système cassant relie, du Nord-Ouest au
Sud-Est, la zone subduction de Sulawesi Nord (NSS) au domaine géotectonique de
la mer de Banda. Plusieurs études ont suggéré une tectonique majeure active le
long de la CCA, notamment le long de PKF (Tjia, 1969; katili, 1970). Cependant,
la sismicité de Sulawesi, telle qu'elle est enregistrée par les réseaux
sismiques mondiaux (fig. 3), le réseau indonésien et la sismicité historique
indiquent que la partie centrale de Sulawesi montre un niveau relativement
faible d'activité sismique de faible profondeur (Beaudouin, 1998). A l’opposé de
cette faible sismicité, les taux de glissement à long terme de PKF, aussi élevés
que 40 ± 50 mm/an au cours des 5 derniers millions d'années, ont été estimé, sur
la base des modèles de reconstruction géodynamique; en l'occurrence le taux de
convergence de la plaque le long de la NSS (Silver et al., 1983; Walpersdorf et
al., 1998a) ou d'études de paléomagnétisme (Surmont et al., 1994).

Fig. 4a. Schéma illustrant la double subduction de la plaque de La Mer des
Moluques sous les plaques (dalles) de Sangihe et d'Halmahera

Fig. 4b. Vue en 3 dimensions de la double subduction
Une des
caractéristiques les plus intéressantes de la tectonique du l’Indonésie du
Nord-Est est la zone de suture Néogène entre l'arc volcanique de Halmahera et
l'arc volcanique de Minahasa-Sangihe qui exhibe une double subduction, une
portion de plaque (dalle) s’enfonçant vers l'Est sous Halmahera jusqu'à une
profondeur d'environ 250 km et l'autre portion plongeant vers l'Ouest sous l’arc
Minahasa-Sangihe jusqu’à une profondeur d'environ 650 km (Hamilton, 1989). Les
volcans actifs de ces deux arcs se trouvent à environ 100 km à l'aplomb des deux
couloirs sismiques respectifs (fig. 3). Plus au nord, et légèrement à l’Est
s'étend le fossé de subduction des Philippines qui se poursuit vers le Nord,
légèrement à l'Ouest de l'arc Minahasa orienté Nord-Nord-Ouest, par le fossé de
subduction de Cotabato.

Fig; 5a. Cadre géologique et tectonique globaux de l'Indonésie Orientale

Fig. 5b. Coupe transversale dans la zone de double subduction en Mer
des Moluques montrant la collision des arcs volcaniques Halmahera et Sangihe. La
figure illustre que l'arc Halmahera à l'Est a été entièrement chevauché par
l'arc Sangihe à l'Ouest (voir aussi fig. 4b) dans partie Nord de la Mer des
Moluques et que les complexes ophiolitiques ont été exposés sur les îles Talaud
au niveau du bassin d'avant-arc de Sangihe (Hall, 2000).
Ce contexte de
double subduction complexe produit un schéma de distribution des tremblements de
terre qui est représenté en fig. 3. Sous Halmahera se trouve aussi la zone de la
grande faille décrochante sénestre de Sorong (fig. 2 et 6b). Il n'est pas
étonnant que cette région soit tectoniquement très active.
La Mer des
Moluques est une plaque qui est en subduction dans deux directions sous la
plaque Eurasienne à l'Ouest et la plaque de la Mer des Philippines à l'Est. Le
résultat de cette double subduction a été la création de l'arc volcanique
Sangihe à l'Ouest et de l'arc volcanique Halmahara à l'Est (fig. 4a et 4b). Les
coupes transversales dans la zone de convergence actuelle peuvent être utilisées
pour interpréter la série d'événements qui ont mené à la collision des arcs
océaniques. La subduction à l'Ouest est censée avoir débuté avant celle à l'Est
et la plaque a atteint des profondeurs plus élevées à l'Ouest. La subduction
vers l’Ouest plus avancée a conduit à la situation actuelle de convergence où
l'arc Sangihe surmonte celui d’Halmahera (fig. 5a et 5b). La collision des deux
arcs a commencé à former un complexe de collision (coin d'accrétion) de
sédiments et d’ophiolites (Hinschburberger et al, 2005). En moins de 5 millions
d'années, l'arc Sangihe aura complètement chevauché celui d’Halmahera et, à
cette époque, il y aura peu de traces de l’existence passée de deux arcs
insulaires et de l’existence d’une double subduction dans la Mer des Moluques
(Hall, 2000).

Fig. 5c. La zone de convergence entre les plaques Eurasienne, Philippine et
Australienne est caractérisée par le mouvement de rotation (4° par M.a) du bloc
de Sula. Les limites de blocs actifs sont le fossé de subduction de Sulawesi
Nord (1), la faille de Palu-Koro (2) et de Matano (3).

Fig. 5c.
Les vecteurs rouges montrent les déplacements des points situés sur le bloc de
"Sula" : rotation horaire à environ 4° par million d'années. Les vecteurs
bleus montrent les déplacement du bloc de "Makassar" : rotation
anti-horaire à environ 1° par million d'années. Les zooms montrent les vitesses
autour des failles de Palu (~ 4 cm/an de décrochement senestre) et de Gorontalo
(peu active).
En Mer des Moluques,
an nord de l’équateur, la subduction dite de Sangihe absorbe une
partie significative des 10 cm/an de convergence Philippines/Sonde.
Les calculs indiquent une vitesse de 75 mm/an, compatible avec les
taux élevés de 80 mm/an calculés par GPS. Au sud de
l’équateur (région Sud-Moluques), cette vitesse s’amortit très
rapidement jusqu’à des taux de 2 mm/an. Les taux et les directions de
convergence obtenus sur la subduction Nord Sulawesi sont compatibles
avec les modèles de rotation horaire du bloc de Sula proposés
sur des arguments géodynamiques, paléomagnétiques et
géodésiques. Les failles de Palu-Koro, à l’ouest, Matano, au S et Sud
Sula (i.e., prolongement occidental de la faille de Sorong) au S.E.,
délimitent ce bloc.
La formation de
l'île de Sulawesi est due au déplacement vers le nord de la plaque australienne
et par le mouvement anti-horaire de la Nouvelle-Guinée qui a eu lieu il y a
environ 5 millions d'années (Katili, 1990). L’île de Sulawesi comprend le bras
Nord formé de sédiments tertiaires et de roches volcaniques d’arc insulaire, le
bras Est d'âge Crétacé et Néogène formé de matériaux de coin d’accrétion
(Hamilton 1990), et les bras Sud et Ouest composés de roches crétacées de coin
d’accrétion. Les bras Sud et Sud-Est sont tectoniquement dominés par des
matériaux de complexes de subduction.
Le bras Nord peut être divisé en trois compartiments: le compartiment aligné
N.E.-S.O. (compartiment Minahasa), le segment central aligné E-O (le
compartiment Gorontalo) et le compartiment aligné N-S, dénommé le Cou. Le
compartiment Minahasa fait partie de la chaîne ("ridge") Sangihe qui a créé
l'arc volcanique interne. L’arc extérieur non volcanique est formé par les îles
Talaud et Maju (Bemmelen, ...).
Le volcanisme quaternaire est absent dans les compartiments Gorontalo et du Cou.
Ces compartiments sont pour la plupart dominés par des roches plus anciennes
(granites, schistes métamorphiques) et caractérisés par l'extinction de
l'activité volcanique. On peut en déduire que les environnements géologiques des
compartiments de Gorontalo et du Cou sont plus stables que ceux des
compartiments Minahasa.
Cadre géotectonique et
volcanisme du compartiment Minahasa
Le compartiment
Minahasa se caractérise par des volcans actifs qui forment l'arc volcanique
interne Minahasa, composé des volcans Gunung Soputan, Gunung Lokon-Empung,
Gunung Mahawu, Gunung Klabat et Gunung Dua Saudara qui sont alignés S.O.- N.E..

Fig. 6b. Contexte géodynamique de la zone de suture des Moluques et des arcs
insulaires de Sangihe et de Halmahera.
Les réseaux de
failles dans le bras Nord de Sulawesi ont été créés à la suite du mouvement de
la plaque de la Mer des Célèbes en provenance du Nord et de la micro-plaque de
Tomini en provenance du Sud. L'effet des deux contraintes du Nord et du Sud a
abouti à ce que le bras Nord de la plaque de Sulawesi, qui s’est déplacé vers
l'Est, soit entré en collision avec la plaque océanique des Moluques qui se
déplace vers l'ouest (île Halmahera en forme de K).
Structurellement, la zone comprend quelques réseaux de failles qui sont des
failles de cisaillement majeures orientées N.E.-S.O. et N.O.-S.E. ainsi que des
failles normales alignées N-S (figure 7).

Fig. 7. Esquisse géologique et cadre tectonique du compartiment Minahasa
La zone la plus
intensivement faillée est située dans la partie ouest de la caldera Pangalombian
(à proximité du lac Linau). Le mouvement actif de décrochement cisaillant a
généré une faille régionale orientée N.E.-S.O. située sur la crête de l’arc
volcanique interne Minahasa aligné du Gunung Soputan, au Sud-Ouest, jusqu’au
Gunung Klabat sur la bordure Nord-Est. Cette faille contrôle l'édification des
calderas Tondano et Pangalombian. La bordure Est de la caldera Tondano peut être
délimitée alors que les bordures Ouest et Sud ont été recouvertes par les laves
produites par les volcans Gunung Lengkoan, Gunung Sempu et Soputan. Une autre
caldera s’est formée après le développement de la caldera Tondano, la caldera
Pangalombian ellipsoïdale, longue de 5 kilomètres et large de 3,5 kilomètres où
est situé le champ géothermique Lahendong. La bordure septentrionale de la
caldera Pangalombian peut être clairement définie par la topographie alors que
la bordure Sud a été recouverte par les laves du Gunung Lengkoan. Les autres
structures circulaires situées à l'intérieur de la caldera Pangalombian sont les
cratères d’éruption hydrothermale de Linau et de Tampusu. Les puits foncés dans
la zone du lac Linau, profonds de 250 mètres, ont montré que le fluide est acide
(pH = 2) et la température est d'environ 250°c.
Les autres lacs
de cratère situés en dehors de la caldera Pangalombian appartiennent à des
volcans actifs. Ce sont les cratères du Gunung Lokon - Empung, Mahawu, Sempu,
Riendengan et Soputan
VOLCANISME
Les résultats
des analyses chimiques des produits volcaniques des unités Pré-Tondano et Post-Tondano,
disposés dans le diagramme K2O/SiO2, montrent qu'il existe
deux types d'évolution magmatique (Fig. 8). Les produits pré-Tondano et post-Tondano
sont caractérisés par une évolution magmatique de la série tholéiitique jusqu'à
la série calco-alcaline. La courte distance entre les centres éruptifs et les
datations relatives aux âges radiométriques illustrent l’étroite relation entre
les deux affinités magmatiques. La variation pétrochimique des produits
volcaniques dans la région est affectée par la différenciation de deux types de
magma via le mélange de magmas ou de l'assimilation et de la cristallisation
fractionnée.

Fig. 8. Diagramme de discrimination des séries magmatiques de l'arc volcanique
Minahasa.
Les séries
magmatiques tholéiitique et calco-alcaline sont typiques des environnements
tectoniques orogéniques qui ont été beaucoup plus influencées par la zone de
subduction de la croûte océanique de Sulawesi au Nord et de la croûte océanique
des îles Moluques à l'Est.
La stratigraphie
volcanique des compartiments Minahasa peut être divisée en 3 unités
pétrographiques, qui sont les unités pré-Tondano, Syn-Tondano et post-Tondano.
Le bras
septentrional de Sulawesi se compose des compartiments Minahasa, Gorontalo et du
Cou. Le compartiment Minahasa se distingue par un arc volcanique actif et les
deux autres par des roches granitiques et métamorphiques.
L'évolution magmatique du compartiment Minahasa s’est faite de la série
tholéiitique jusqu’à la série calco-alcaline, typique d’un environnement
tectonique orogénique. La roche du socle est composée de sédiments carbonatés
interstratifiés avec des matériaux volcaniques qui se sont déposés du Miocène
moyen jusqu’au Pliocène. Au Plio-Pléistocene, la région était faillée et la mer
a régressé à la suite du développement de la caldera Tondano. Au Pliocène, la
caldera Pangalombian s’est formée et a été contrôlée par une faille de
décrochement cisaillante orientée N.E.-S.O.. Les champs géothermiques Lahendong
et Tompaso ont été séparés par des failles de décrochement cisaillantes
orientées N.E.-S.O.. Du point de vue volcanologique, le champ géothermique
Lahendong est situé dans le caldera Pangalombian et le champ de Tompaso est
localisé dans la partie sud de la caldera Tondano.

Rotation de 360° autour de
Sulawesi-Halmahera (les points sont les foyers des séismes de 1973 à aujourd'hui
répertoriés par l'USGS/NEIC).La
cartographie des foyers sismiques illustre l'emplacement des plaques en voie de
subduction. La rotation autour de Sulawesi-Halmahera s'effectue selon un pas de
25°sous un angle de vision de 5° au-dessus de l'horizon. Animation,
©.Alino
Références
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