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Le KAWAH  IJEN (Java Est) : du 29 juillet au 3 août

   

 

Séquences vidéo "youtube"; © Alino 2009

Le complexe volcanique de l'Ijen, situé à l'est de Java, englobe un groupe de petits strato-volcans édifiés à l'intérieur de la vaste caldera de Kendeng dont le diamètre est de 20 km. La paroi septentrionale de la caldera est couronnée par une crête arquée alors qu'ailleurs la bordure de la caldera est recouverte par des volcans post-caldera, notamment le strato-volcan Gunung Merapi qui est le plus point le plus élevé du massif de l'Ijen à 2799 m. d'altitude. Immédiatement à l'ouest du Gunung Merapi s'élève le volcan Ijen qui contient un lac de cratère acide de couleur turquoise large d'un kilomètre. Plusieurs autres cônes post-caldera et cratères sont situés à l'intérieur de la caldera ou le long de sa bordure. La plus grande concentration de cônes post-caldera est alignée le long d'une zone allongée E-O au travers de la partie méridionale de la caldera ouverte vers le sud à cet endroit.G.V.P.

M.N.T. (3" d'arc de précision; ~90 m.) de la région de l'Ijen, basée sur un fichier HGT issu de la mission de la NASA "SRTM".


Partie 1 : l'accès au volcan et la première montée

Carte de l'itinéraire suivi sur les routes de Java Est (mesures en continu du "track" par un GPS Garmin Geko 201) superposé sur le fond de la carte routière de Java Est. Itinéraire © Alino

Nous reprenons donc le chemin de l'aéroport de Mataram dans l'après-midi du 28 juillet. En cours de route, on s'arrête à une fabrique de meubles en bois destinés à l'exportation. Daniel, intéressé par l'achat éventuel de tels objets jette un oeil avisé sur certains meubles, dont une superbe table assortie de ses chaises en teck laqué, le tout à un prix défiant toute concurrence. Nous remontons dans le taxi bleu et, après quelques kilomètres de trajet, je m'aperçois avoir oublié sur la table en question la casquette achetée quelques mois auparavant aux Canaries. Tant pis, ce sera un cadeau pour le patron et un souvenir égaré de plus en voyage ! Nous arrivons vers 15h au petit aéroport de Mataram, néanmoins international, où, à notre grande surprise, le vol "Batavia Air" qui était prévu pour 17h décollera à 16h00. Il est heureux d'être arrivés bien avant l'heure d'embarquement. Trente minutes de vol et nous voilà déjà sur le sol balinais, une autre île, un autre monde. Bali est le royaume des Dieux mais aussi, à l'évidence, celui du tourisme de masse. Daniel a réservé deux chambres dans un bel hôtel de Sanur, une station balnéaire principalement fréquentée par des Européens alors que Kuta, son homologue du Ponant, attire principalement des Australiens et Néo-Zélandais. Ce soir, Daniel m'invite à dîner dans un restaurant japonais et c'est tout naturellement sur le sol que nous prenons place. Ne comprenant rien à la carte manuscrite en japonais et en indonésien, je me fie uniquement aux photos des plats mais surtout aux compétences aiguisées de Daniel qui connaît particulièrement bien le Japon et sa cuisine. Les mets succulents sont accompagnés dans un premier temps de Bintang puis de saké. Le repas, constitué d'une série de petits plats raffinés, se révèle finalement fort copieux mais savoureux. Nous nous quittons l'estomac bien rempli. Le lendemain, après un buffet petit-déjeuner copieux, je quitte Daniel pour d'autres aventures.

La belle piscine de l'hôtel à Sanur

André Reich, un ex-citoyen allemand établi en Indonésie depuis 40 ans, m'attend à la réception de l'hôtel. Je lui ai loué une petite Suzuki Katana de 1300cc qui n'est pas réellement une 4 roues motrices mais en a l'apparence et, en principe, la fonction. Ayant embarqué à côté d'André, c'est-à-dire à sa gauche, il m'amène à son agence située à 2 km de l'hôtel. En Indonésie, on roule à gauche et les règles de circulation sont à l'avenant. C'est surtout le plus "culotté" qui passe en premier sans trop s'occuper de la réglementation routière qui, ici ,n'est essentielle qu'en cas d'accident. Après avoir discuté avec André, réglé la location de 8 jours, acheté une carte routière de Bali, et pris rapidement en main le véhicule sur le bord de la route principale de Sanur, me voilà parti sur les routes indonésiennes. Le petit véhicule s'engouffre rapidement dans la dense circulation de Sanur et, vers 10h,  je prends la direction du port balinais de Gilimanuk via les faubourgs de la ville de Tabanan. Les premiers kilomètres sont parcourus prudemment en observant attentivement les pratiques des conducteurs balinais, qu'ils soient en voiture, camionnette, bus, camion ou le plus souvent en motocyclette sans oublier les attelages animaliers. Il faut avoir les yeux grand ouverts et orientés dans toutes les directions. André m'a conseillé de ne pas prendre en compte de la circulation à l'arrière. Il y a suffisamment d'attention à maintenir à l'avant. Après une demi-heure de route, je commence à me sentir relativement à l'aise et m'habitue petit à petit à la conduite balinaise. Je me surprends même à dépasser (doubler) un gros camion polluant très lent au détour d'un virage, néanmoins sur une route suffisamment large pour supporter 3 à 4 véhicules de front. Trois heures de trajet sur une route asphaltée, généralement bien entretenue, sont nécessaires pour atteindre le terminal  ferry-boat de Gilimanuk. Après l'achat rapide d'un ticket de passage, je me lance à la poursuite du premier ferry en partance pour Ketapang, le port situé juste en face de Gilimanuk, sur la côte orientale de Java. Pas de chance, on me fait signe de faire demi-tour vu que le ferry, qui était ma cible depuis la cabine du guichetier, est justement en partance. Près avoir obtempéré à l'injonction de l'agent maritime, j'observe à nouveau le terminal maritime et y aperçois un autre ferry qui semble à portée de main. Cependant, juste avant d'entrer dans sa cale, un policier m'interpelle et requiert les papiers du véhicule. Il signale que cette voiture ne peut circuler à Java. Je ne suis pas trop embêté étant donné qu'André m'a confirmé l'autorisation de circuler à Java. Après avoir embarqué donc dans la calle du ferry-boat rouillé, il faut littéralement se coller au pare-choc d'un autre véhicule. Je descends de la voiture comme un félin tant l'espace est réduit entre les véhicules. Monté sur le pont arrière, j'en profite pour regarder avec curiosité la manoeuvre de largage des amarres et la lente fermeture de la lourde porte métallique. Le bateau se met en branle et tangue en se dirigeant lentement vers Ketapang. Le temps est superbe ! Il n y a pas un seul nuage à l'horizon, juste un peu de brume de chaleur. Une heure de traversée et nous voici arrivés à destination. Il faudra patienter avant que tous les camions disposés à l'avant du bateau débarquent, puis ce sera au tour des deux roues et enfin des véhicules des particuliers. Après avoir enclenché la première vitesse, me voilà en quelques secondes propulsé sur le sol javanais. De retour à Java mais, cette fois, je suis seul.

Le détroit, large d'environ 3 km, qui sépare les îles de Bali de Java. Vue sur les volcans de l'Est Java.

Le Gunung Rante et le Gunung Merapi.

Le Gunung Merapi dissimule le Gunung Ijen dont le cratère (kawah) contient un très fameux lac acide.

Prêt à larguer les amarres ! Bye bye Bali et Gilimanuk et vive Java !

Dès l'arrivée sur le sol javanais, je me dirige vers la pompe d'essence la plus proche du terminal afin de faire le plein de la petite voiture (~40 litres) et en profiter pour y acheter boissons, biscuits et autres victuailles. A présent, le choix se présente ainsi : me rendre au volcan Kawah Ijen par le sud via Banyuwangi ou, alors, par le nord via Bondowoso. La route la plus courte est celle de Banyuwangi mais c'est aussi la plus détériorée et donc la plus risquée pour le véhicule. L'autre route est beaucoup plus longue et un peu plus aisée. Je prends rapidement la décision de tenter la montée par la route qui part de Banyuwangi vers Paltuding via Glaglah et Licin (prononcez Lichin) et vais ainsi tenter une petite aventure seul. La première partie du trajet entre Ketapang et les faubourgs nord de Banyuwangi se déroule sans encombre sur assez une assez belle route asphaltée où la circulation est très dense et essentiellement constituée de motocyclistes. Les yeux sont braqués dans toutes les directions, aussi à la recherche d'éventuels panneaux indicatifs. Je cherche la petite route secondaire vers "Licin" et "Paltuding". J'aperçois enfin un panneau vert indiquant "Kawah Ijen" sur la droite. Trop tard pour virer, je suis obligé d'effectuer un demi-tour afin de retrouver l'accès. A partir du passage à niveaux de la ligne ferroviaire Surabaya-Bayuwangi, la lente montée vers Licin débute. La voie asphaltée devient de plus en plus étroite et dégradée. Elle s'insinue dans les girofliers, puis les papayers avant de se muer en piste à l'orée de la forêt tropicale de montagne. Il est 14h30 et suis, par conséquent, dans les temps pour pouvoir arriver à destination, Paltuding, avant que l'obscurité n'enveloppe la région. Néanmoins, la portion la plus difficile se trouve devant mon véhicule. Il s'agit d'un mélange de segments de route asphaltée, partiellement ou complètement défoncée, suivis de tronçons d'une piste caillouteuse, à certains endroits, très pentue. A plusieurs reprises, je serre les dents et tiens fermement le volant qui s'affole et tourne, quasi automatiquement, dans toutes les directions. Je double un ojek, genre de minibus, qui ne parvient plus à monter la pente. Tous les occupants sont descendus afin de tenter de le dégager d'une énorme ornière. Quant à mon engin, il va et vient sur la piste trouée de monstrueuses ornières sur des sections relativement glissantes où le calage moteur est à chaque fois imminent. La pente est à présent très raide. Le moteur tousse, peine et quelques fois s'arrête. Quelques virages serrés sont difficilement négociables. A certains endroits, je dois redescendre quelque peu pour mieux remonter, avec élan, et passer finalement en force. Après trois quarts d'heure d'une lutte acharnée entre la piste et le véhicule, j'atteins finalement l'objectif, Paltuding, vers 15h15 et suis ravi d'être là, surtout que ce ne fût pas sans peine et stress. Je n'ai même pas eu le temps d'apprécier la beauté de la forêt tropicale couvrant les pentes du massif de l'Ijen tant me débattre avec le volant et le levier de vitesse s'est révélé une tâche à plein temps. J'aurai l'occasion d'en profiter quelques jours plus tard lors du chemin inverse.

Le Gunung Merapi vu des environs du village de Glaglah.

L'étroite route asphaltée, encore en bon état, aux environs de Glaglah

Paltuding est un campement sommaire qui permet de loger le visiteur, pas trop regardant sur le confort, qui se lance à l'assaut du Kawah Ijen. Une chambre très simple (sans douche) est disponible à un prix d'environ 12 €. Exténué par le trajet, je me jette littéralement sur le sommier qui a le bonheur de résister à mon poids. Cependant, il n'est pas question de faire ne fût que la moindre petite sieste ! J'enfile mon pantalon et mes chaussures de trek, prépare le sac à dos, et fonce, sans attendre, vers le chemin qui mène au cratère du Kawah Ijen après avoir acquitté les 15000 Rupiah du droit d'accès. Dès le début du sentier, je croise des porteurs de soufre et aperçois une série de paniers remplis de blocs du précieux minerai jaune, simplement posés sur le talus du chemin. Je suis impatient de découvrir le cratère 21 ans après y avoir mis les pieds en fin de journée. Un peu plus d'une heure plus tard, la crête du cratère dégazant est en vue. Je me rappelle clairement des lieux et suis quelque peu étonné de me retrouver ainsi sur ce beau cratère plus de 20 ans après y être venu ! Il est déjà près de 17 h. et dois finalement me résoudre à redescendre vers Paltuding car l'obscurité ne va pas tarder à faire son apparition. Dès le retour à Paltuding, je fais la connaissance de quelques jeunes excursionnistes français et autrichiennes et savoure, en leur compagnie, un nasi goreng pimenté agrémenté d'une Bintang bien fraîche. Ensuite, la restauratrice tient à me faire visiter la petite pièce faisant office de cuisine ainsi que son lieu de vie très sommaire. Après ce repas campagnard et cette journée bien mouvementée, quel bonheur d'aller enfin s'écrouler sur le dur sommier jusqu'au lendemain matin à 4h.

Carte routière du massif de l'Ijen.

Esquisse cartographique de la région de l'Ijen et du Raung. Source : "Climbers's and Hikers's Guide to the World's Mountains & Volcanoes 4th Ed., June, 2001 ; Publication by Michael R. Kelsey"; p. 635.

Profil de l'ascension de Paltuding au cratère de l'Ijen. Graphique © Alino

Le regard de ce mineur exprime la pénibilité du labeur d'extraction du soufre dans le cratère de l'Ijen.

C'est au front de cette baraque en bois que le pesage du soufre a lieu.

Deux lourds paniers d'osier à balancier, bien remplis de blocs de soufre natif, attendent leur propriétaire.

Le large sentier de terre qui mène au cratère.

Le paysage de la forêt de montagne sous les rayons de soleil rasants est superbe. Au fond, l'agglomération de Banyuwangi.

Le cône volcanique du Rante et, à l'arrière-plan, le gigantesque massif volcanique du Raung.

Le cône du Gunung Rante sombre petit à petit dans la brume de la soirée.

L'imposant Raung s'estompe aussi dans les brumes du soir.

Nous approchons du cratère de l'Ijen

Au détour d'un dernier virage, j'entr'aperçois le fameux gouffre dégazant. L'odeur du soufre est à présent nettement perceptible.

Coup d'oeil vers le sommet "enfumé" (dégazant) du Gunung Merapi.

L'imposant cratère (kawah) raviné de l'Ijen contient un fameux lac acide flanqué d'une solfatare très active.

Sur la bordure du cratère raviné, un panier d'osier à balancier, rempli de soufre à ras bord, a été abandonné provisoirement par son propriétaire.

Le cratère et son lac magnifiés par les derniers rayons de soleil de la journée.

La solfatare exploitée dégaze puissamment

L'eau du lac acide turquoise à cette heure de la journée libère des gaz (Cl2, SO2, CO2) et surtout de la vapeur d'eau.

Cette portion de crête ravinée à pente douce est la porte d'entrée au cratère pour les mineurs et les visiteurs.

Le Gunung Rante vu de la bordure sud du Kawah Ijen

L'imposant volcan Raung au coucher du soleil

Le camp sommaire de Paltuding

Emplacement des cônes volcaniques post-caldera principaux de la région de l'Ijen.


Partie 2 : le travail du soufre dans la solfatare du cratère

Levé à 4h et parti dans la nuit noire muni d'une frontale, je croise bientôt le chemin de porteurs de soufre de plus en plus nombreux qui redescendent du cratère vers Paltuding. Au passage, je leur offre quelques biscuits alors que plusieurs demandent avec insistance une cigarette. Malheureusement pour eux, je ne fume pas ! Quelques mineurs semblent étonnés de rencontrer un visiteur étranger aussi tôt. C'est que le programme de la journée est chargé ! La bordure du cratère se devine enfin alors qu'une brume de gaz nocifs a envahi l'air et rappelle que je chemine sur un volcan en activité, même si elle est uniquement solfatarienne. En attendant le lever du soleil, je profite de quelques instants de repos, au début du sentier qui mène au fond du cratère, parmi les paniers d'osier remplis de soufre. Antonio Casanava, mon futur guide rencontré la veille, me rejoint déjà. Il a travaillé dans le cratère durant la nuit et me raconte brièvement sa pénible vie de mineur de soufre, ses larmes et ses joies. Antonio a une petite famille qui réside à Banyuwangi. Il est marié à une Balinaise et un petit garçon est venu récemment sceller cette union balino-javanaise. Ce jeune homme de 25 ans est très attachant et serviable. Il souhaite faciliter au maximum mon incursion dans ce monde infernal et se plaît à me répéter régulièrement : "ici, c'est la lune" ! Je dirais après coup : "ici c'est plutôt mars" ! Dans la pénombre de l'aube naissante, nous descendons ensemble avec prudence dans le cratère par un étroit sentier de pierre où blocs instables alternent avec marches d'escalier naturelles. Une vingtaine de minutes plus tard, on atteint le fond de la cavité géante et on se retrouve enfin à quelques encablures de la solfatare active. Nous avalons une grande gorgée d'eau orangée et quelques biscuits avant de se diriger vers le lieu d'extraction du précieux élément jaune. L'odeur est nauséabonde alors que de grosses volutes de gaz nocifs nous envahissent régulièrement et nous obligent à faire demi-tour malgré le port d'un masque à gaz. Les yeux piquent et pleurent. L'atmosphère est vraiment irrespirable ! Dans cet enfer de gaz et de soufre, il semble bien qu'on ne se trouve plus sur terre . Peut-être avons-nous atterri sur la planète Io, satellite de l'énorme Jupiter, dont les volcans crachent des coulées de soufre et des gaz toxiques. Je regarde en direction du lac dissimulé dans les nuages de gaz soufré. Malgré l'épais nuage gazeux, la nappe d'eau chaude et acide est toujours aussi magnifique. Plus tard, j'y plongerai mon doigt sans qu'il ne disparaisse dans une écume acide comme pour le calcaire. J'observe, stupéfait et quelque peu embarrassé, le travail des mineurs. Ils effectuent des allers retours incessants afin d'arracher à la roche le si précieux minerai jaune. Durant la nuit, le soufre liquide a percolé à l'intérieur des tuyaux en terre cuite destinés à le canaliser et s'est finalement figé en plaques orangées au bas des tuyaux. Les ouvriers profitent d'une accalmie dans le nuage de gaz nocifs pour courir vers les cuvettes orangées où ils arrachent rapidement, au pic, le précieux élément. Ce soufre très pur serait essentiellement utilisé pour blanchir le sucre de la région dans une usine située à Licin. Les vas et vient des mineurs se poursuivent dans une atmosphère dantesque et suffocante. On les voit disparaître à l'intérieur du nuage de vapeurs toxiques et réapparaître tels des fantômes sortis d'un autre âge. Leur bouche est le plus souvent couverte d'un foulard qui ne les protège, que très partiellement, des effets nocifs des gaz soufrés. Et dire que la plupart fument encore des cigarettes dans ces conditions irrespirables. C'est sans doute la seule source de plaisir, très momentanée, qu'ils trouvent dans ce cratère d'enfer. Le travail se poursuit sans interruption. Une pompe vient d'être mise en route. Elle propulse l'eau du lac de cratère, via de minces tuyaux en plastique, localement en bambous, jusqu'à la solfatare où elle servira à refroidir la masse de soufre en fusion à 113°c. Ayant l'impression de gêner par moments le travail des mineurs, je décide de me diriger vers le lac afin de tâter sa température et son acidité. Ayant atteint une petite plage de cendre noire mouvante enrubannée de dépôts soufrés, je plonge sans ambages un doigt dans le bain tiède en même temps qu'un morceau de papier pH qui indique une acidité approximative d'une unité. Après ce petit test amusant de chimie dans un cratère actif, je remonte vers la baraque en bois qui sert de lieu de repos aux ouvriers et y rejoins mon guide Antonio.

Une fourmilière de mineurs qui vont et vient vers la solfatare nourricière nauséabonde.

Un mineur, enveloppé dans le nuage de gaz toxique, se dirige vers le lieu d'extraction.

Le groupe de canalisations, tuyaux en terre cuite, qui canalisent les gaz soufrés mélangés au soufre liquide.

Les plus petits morceaux de soufre sont récupérés avant d'être mis en sac.

Le soufre rouge foncé en fusion débouche à l'extrémité des tuyaux - Un mineur emporte le précieux élément dans deux paniers en osier joints par un balancier.

 

Grâce aux efforts démesurés des mineurs, la solfatare n'arrête jamais de produire du soufre liquide.

Entre ciel et enfer !

La pompe est mise en action afin de projeter de l'eau du lac sur la partie la plus chaude de la solfatare dans le but de la refroidir et de provoquer une condensation de la vapeur soufrée.

Un panier de soufre orangé, encore chaud, attend d'être emmené.

Extraction du soufre mi liquide mi solide au pic.

Atmosphère fortement embrumée dans la solfatare

Le soufre en fusion à 113°c n'arrête jamais de couler dans les tuyaux disposés en éventail sur la paroi de la solfatare

Un tonneau, percé à deux endroits, laisse échapper la vapeur soufrée et permet un stockage momentané du soufre.

L'orifice du tuyau est entouré d'incrustations de cristaux de soufre, un yellow cake de soufre natif.

Le soufre rouge vif coule à 113°c, sa température de fusion. Sa température d'ébullition est de 444°c.

Le front de la solfatare et son nuage gazeux acide nocif.

Un élément de tuyau, en argile cuite, est à remplacer

Une ombre à peine perceptible au sein du dense nuage de gaz nocifs.

L'exploitation de soufre vu de la berge du lac acide.

Le lac turquoise et ses vapeurs acides. Le liquide du lac est un mélange d'acide sulfurique, d'acide hydrochlorydrique et d'acide hydrofluoridrique.

Une petite plage de sable noir est enrubannée de dépôts cristallisés de soufre jaune.

C'est dans cette cabane en bois, ouverte à tous gaz et vents, que je passerai la nuit du 30 au 31 juillet.

Beau ciel bleu et nuage d'enfer.

Les mineurs remontent lentement la paroi interne du cratère avec leur lourde charge sur les épaules.


Partie 3 : excursion sur les crêtes du cratère du volcan isolé (Kawah Ijen).

Après avoir donné rendez-vous à jeune mon guide sur la bordure du cratère vers 17h, je remonte lentement l'étroit sentier du cratère en croisant plusieurs touristes français en quête d'aventure soufrée d'un jour. Parvenu au bout du petit chemin, je me retrouve à nouveau sur la crête balayée par les gaz nocifs et décide de me balader sur cette crête, par endroits, assez acérée. Prenant d'abord à droite en remontant de l'intérieur du cratère, donc vers l'ouest, j'atteins, après une quinzaine de minutes, un promontoire où la vue plongeante sur la lac bleu turquoise est grandiose. L'avancée sur le promontoire en surplomb s'effectue avec grande prudence car le risque d'éboulements soudain ou de glissade est toujours à craindre. Le panorama est à couper le souffle ! Le lac "fumant" est niché à une centaine de mètres sous mes pieds et révèle une superbe couleur turquoise parmi les volutes de vapeurs acides. Je reste là de longues minutes afin d'apprécier ce moment précieux avant de reprendre la route vers la crête pour la longer jusqu'à son point le plus élevé. Ici, la nature se bat contre le volcan. La végétation sèche est essentiellement arbustive. La plupart des grands arbres sont calcinés par les gaz nocifs acides. Il y en a dont le tronc est noir comme du charbon de bois. Bientôt, je distingue le barrage construit par les Hollandais en 1921 dans le but de réguler le débit du lac acide vers la rivière Banyupahit. Lorsque l'activité volcanique s'accroît dans le cratère, le lac peut former des bulles, bouillir et même déborder à certaines places. L'édifice en pierre, long d'une trentaine de mètres, est posé sur une digue de rochers et de tufs/débris d'érosion gris. Après une rapide collation à l'ombre d'un arbre calciné, je reprends le chemin inverse vers l'arête d'en face que je rejoins après une demi-heure. De ce côté, la paroi interne est plus raide alors que les nombreuses lézardes sur le sol signalent la présence de fissures/fractures dans le sol argileux ocre clair. Il est le résultat de l'argilisation liée au processus d'altération hydrothermale mêlé à une altération météorique en milieu tropical. Je chemine avec grande prudence et longe, le plus souvent, le rebord externe de la crête du cratère. De nombreux petits lézards noirs se faufilent entre mes jambes. La chaleur est accablante et oblige à une hydratation très régulière. J'arrive finalement à une série de ruines représentant les reliques d'un ancien poste d'observations de l'activité volcanique. Après un court repos, je reviens sur mes pas en prenant le temps d'admirer régulièrement le superbe lac du cratère sous le soleil de plomb de cette magnifique journée. Ayant atteint le col d'accès au cratère, je redescends vers la cabane de pesée du soufre pour y voir, de mes propres yeux, les procédures de pesage. Je suis surpris par le nombre élevé de porteurs de soufre qui transitent à ce poste de pesée. On me signale qu'il y a environ 200 mineurs qui travaillent au cratère chaque jour et, donc, je suppose qu'il y a environ 400 mineurs de soufre au Kawah Ijen étant donné que les ouvriers y travaillent un jour sur deux. Je suis stupéfait par le défilé des porteurs de soufre très calmes, et même souriants, souvent curieux à l'égard du visiteur étranger. Au poste de pesée, j'achèterai de l'eau et des biscuits avant de remonter en fin d'après-midi vers le cratère où Antonio me rejoindra bientôt.

L'arête occidentale court le long des flancs grisâtres ravinés du Kawah Ijen.

L'échancrure qui abrite le barrage à l'extrémité N.O. du lac. Au second plan, on aperçoit la paroi septentrionale de la caldera de l'Ijen appelée Kendeng.

Le lac vu d'un promontoire situé à l'ouest du cratère.

Le lac "fumant" vu du promontoire en surplomb.

Rencontre avec deux jeunes touristes françaises sur le bord du promontoire.

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La rencontre photographiée de la crête ouest par leur compagnon de voyage, Louis (merci pour ces deux photos !).

Des arbres calcinés par les gaz nocifs de la solfatare donnent au paysage une allure étrange et fantomatique.

La solfatare crache toujours autant son gaz nocif.

A droite de l'arche ligneux, le promontoire sur lequel j'étais posté quelques minutes auparavant

La paroi interne du cratère du strato-volcan de l'Ijen est formée d'une alternance de niveaux pyroclastiques et effusifs.

Des particules solides de soufre et de fer s'accumulent au environs du barrage, conférant localement au lac une teinte ocre.

Ce barrage de pierre a été édifié sur une digue naturelle par les Hollandais en 1921 afin de réguler les crues du lac acide dans la rivière Banyupahit .

En poursuivant sur la crête du cratère vers l'ouest.

Le Mont Papak vu de la crête occidentale du Kawah Ijen.

Le volcan Raung s'étend sur la bordure occidentale de la caldera de l'Ijen ouverte vers le sud.

La crête déchiquetée de l'immense cratère du Raung qui contient en son sein un cône de scories.

La végétation arbustive sèche couvre la crête occidentale et les pentes externes du cratère.

La bordure septentrionale de la caldera de l'Ijen, la caldera Kendeng.

Le sommet du Gunung Merapi vu, au travers des gaz, du sommet de la crête occidentale de l'Ijen.

Un petit coin d'ombre bienvenu sous le soleil de midi.

Le lac turquoise sous un soleil de plomb.

Un porteur réorganise les blocs de soufre dans son panier en osier.

La longue caravane des porteurs de soufre descendant vers le lieu de pesage situé à un km de là.

Le beau lac de cratère vu du côté Sud-Est.

La solfatare vue de la bordure sud-est du cratère.

Les Monts Raung, Suketi et la paroi de la caldera de l'Ijen ouverte vers le sud.

L'aridité du cratère est encore plus évidente du côté est.

Même les nuages se parent de leurs plus belles formes au-dessus du Gunung Merapi !

Le barrage vu de l'arête est. Derrière celui-ci, l'eau acide s'engouffre dans une étroite vallée.

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La côte nord orientale de Java et le Mont Bakuran.

Le Gunung Merapi surplombe le cratère et le lac de l'Ijen.

On longe l'arête argileuse, parfois étroite, du cratère aride.

En fin d'après-midi, l'ombre de nuages se reflète sur l'eau turquoise du lac.

Le panache gazeux envahit le col où débute le sentier menant au fond du cratère.

Un porteur de soufre souriant malgré son dur labeur de transport d'une charge pouvant atteindre 100 kg.

L'étape de la pesée du soufre est essentielle pour le mineur. C'est là qu'il recevra son bon à valoir pour la quantité de soufre extraite.

Un porteur cherche le point d'équilibre le long du levier de la vieille balance en fonte.

Une fiche de paie. le mineur sera rémunéré environ 4 € pour 96 kg de soufre extrait et transporté jusqu'à Paltuding. A raison de deux trajets par jour, il travaille généralement un jour sur deux mais pas en saison des pluies.


 Partie  4 : une nuit inoubliable au fond du cratère du Kawah Ijen.

Antonio et moi-même descendons dans le gouffre saturé en gaz volcanique avant d'aller nous installer dans la petite cabane utilisée par les mineurs en tant qu' abris. J'attends impatiemment la pénombre puis l'obscurité au cours de laquelle les flammes bleutées vont enfin se dévoiler. Nous déplions notre sac de couchage sur le sol argileux de la baraque en bois ouverte sur le lac avant de manger une boulette de riz blanc agrémentée d'une banane plantain et d'un épis de maïs grillé. Paradoxalement, je suis ravi de passer la nuit dans un tel environnement dantesque et, faut-il le répéter, assez nocif. L'apparition d'étoiles indiquent que la nuit est en train d'envelopper le cratère. Antonio s'accapare de la torche et me demande de le suivre. Nous passons d'abord devant les marmites où coule le soufre liquide, ensuite à proximité des tonneaux infernaux d'où s'échappent les gaz nauséabonds, et apercevons enfin les belles flammes bleutées virevoltant ici et là dans la solfatare. Ces flammes sont de toutes tailles et j'estime les plus hautes à une dizaine de mètres. Ce spectacle est réellement fascinant et surprenant. Antonio me guide dans la solfatare au gré des flammes et nous atteignons le haut d'un gros rocher d'où l'on a une vue spectaculaire sur le phénomène. Nous restons là des dizaines de minutes à admirer la scène puis redescendons car les gaz occultent inoxérablement la grande flamme perchée en hauteur. Nous cherchons d'autres lieux plus propices et en trouvons mais les flammes sont le plus souvent furtives à travers la nappe gazeuse. Elles jouent au chat et à la souris et avec mes nerfs en ce qui concerne la photographie. Finalement, j'obtiendrai quelques beaux clichés ainsi que  quelques séquences vidéos intéressantes. Vers 1h du matin, nous décidons de revenir vers la cabane où nous rejoignons Buddy allongé sur son lit de bois. Buddy, 56 ans, a rencontré le couple Krafft lors de sa seule expédition au cratère en 1974. Il en est fier et me raconte quelques anecdotes croustillantes. Une vingtaine d'années plus tard, il a également conseillé Nicolas Hulot lors de sa navigation sur le lac acide. Buddy est un petit bonhomme à l'oeil pétillant plein d'énergie et d'humour. J'ai vraiment été enchanté de faire sa connaissance ! La nuit fût mouvementée et surtout courte étant donné que le sommeil n'a pas été aisé à trouver. J'y ai été aidé par le ballet d'étoiles filantes scintillant dans cette nuit surréaliste au fond de l'énigmatique cratère de l'Ijen. A plusieurs reprises au cours de la nuit, j'ai du enfiler le masque à gaz pour pouvoir respirer plus aisément. Levés dès l'aube vers 5h, nous profitons des premiers rayons de soleil pour remonter rapidement sur la crête du cratère. Antonio et moi partons en avant-garde et sommes rapidement rejoints par le petit homme trapus, Buddy, avec qui je prends congé avec regrets sur l'arête. Nous redescendons rapidement vers Paltuding où de nouvelles aventures m'attendent. Après avoir remercié chaleureusement et salué Antonio, digne représentant du monde des mineurs de soufre du Kawah Ijen, je me dirige vers la région de Sempol et ses plantations de café.

Mon jeune guide, qui se fait appelé Antonio Casanova. me permettra de survivre une nuit entière dans le cratère de l'Ijen et de vivre une expérience hors du commun.

Masque à gaz et lunettes sont bien nécessaires dans l'enfer de la solfatare du Kawah Ijen alors que les mineurs n'en sont pas équipés.

Le soufre liquide coule en goutte à goutte.

Stalactite de soufre artificielle en voie de solidification.

Le travail d'extraction au fond du cratère ne s'arrête jamais ! Certains mineurs profitent ainsi aussi de la fraîcheur de la nuit.

La nuit tombe sur la solfatare. D'étranges flammes bleutées font alors leur apparition au milieu du champ de soufre.

Le spectacle est assez surréaliste !

Telle une flamme butane mais c'est la combustion du soufre liquide qui cause ce phénomène spectaculaire.

Ici la flamme apparaît tel un liquide bleuté s'écoulant sur les blocs de soufre.

Après une courte nuit (2 heures de sommeil), le soleil se lève enfin sur l'impressionnant cratère ! Régulièrement noyé dans des volutes de gaz nocifs, la nuit a vraiment été d'enfer (même équipé d'un masque à gaz). Cependant, elle fût inoubliable dans une ambiance surréaliste parmi les flammes bleutées et récits de mes amis mineurs du Kawah Ijen !!!

Antonio et Alino

 

Buddy & Antonio posent sur la bordure du cratère. Ce charmant petit bonhomme plein d'énergie, dénommé Buddy, a 56 ans. Il a connu le couple Krafft en 1974 lors de leur seule expédition au Kawah Ijen et se fait désormais appelé, en leur mémoire, Buddy Krafft. Il a également accompagné Nicolas Hulot lors d'un reportage d'Ushuaia Nature qui s'est déroulé dans le cratère du Kawah Ijen en 1997 si la mémoire ne me fait pas défaut.

Une petite équipe de mineurs fatigués par le travail de la nuit posent volontiers en ma compagnie.


 Partie  5 : balades dans les plantations de café du Kawah Ijen et excursion jusqu'au pied du Raung.

Je remonte dans ma petite voiture en espérant bien trouver un bon matelas avant ce soir et prends la direction de Blawang. Une étroite route asphaltée étroite pénètre rapidement dans la forêt de montagne puis dans les caféiers. Sur le bord de la route, un petit cours d'eau mousseux attire mon attention. Il s'agit de la rivière qui s'écoule du déversoir du lac de cratère du Kawah Ijen. Cette eau devrait donc être acide. Je gare la voiture et descends vers le cours d'eau où l'acidité en question est évidente. Néanmoins, l'acidité originelle a clairement diminué par dilution de l'eau du cratère avec l'eau météorique. En face, une cascade dans le rocher volcanique semble être le lieu de ralliement des touristes indonésiens d'un jour. Quelques kilomètres plus au nord, je rejoins un carrefour et prends à droite pour descendre vers la petite communauté de Blawang où se trouve une importante unité de traitement de café abritant aussi des chambres d'hôte. C'est l'Arabica Homestay niché en pleine forêt, à proximité d'une petite rivière. Malheureusement, les chambres sont toutes occupées. J'en profite néanmoins pour me balader dans les beaux jardins et allées de la belle demeure. En reprenant l'allée principale, j'aperçois les lieux de séchage du café. La piste caillouteuse remonte vers la petite ville de Sempol où j'essaierai de trouver mon bonheur au gîte Kalisat à Jampit II. Après avoir insisté assez lourdement auprès de la réceptionniste, j'obtiens finalement une chambre pour un repos dans un vrai lit après une douche chaude. L'hôtel de la plantation offre également la possibilité d'y prendre des repas et visiter la plantation de café. Après avoir installé mes bagages dans la grande chambre, je pars en balade à Sempol. L'allée principale est bordée de nombreux oriflammes montés sur bambou. Une famille me fait rapidement signe et m'invite à partager un café agrémenté de petits gâteaux. On me pose bien sûr des tas de questions sur mes origines, mes occupations, la raison de ma présence en Indonésie, etc. Les gens sont curieux, souriants et très accueillants. Ils demandent rapidement de prendre une photo en leur compagnie et me remettent un bout de papier brun où sont griffonnés nom et adresse. Après les avoir salués chaleureusement et remerciés pour leur accueil, je leur promets d'envoyer les photos. Poursuivant la route en direction de Blawang, des agents de police m'arrêtent pour un contrôle à un barrage routier fixe. C'est un lieu où les visiteurs étrangers doivent en principe s'enregistrer et payer une petite somme pour je ne sais trop quelle raison. Bref, cette petite tracasserie administrative permet au  moins de faire la connaissance de policiers locaux, d'ailleurs assez sympathiques. En poursuivant la route, j'aperçois sur le bord du chemin une myriade d'ouvrières travaillant à proximité d'un vieux camion chargé de transporter les cerises de café récoltées. En m'approchant de quelques une d'entre elles, je me rends vite compte qu'elles me brocardent et en profitent pour demander avec insistance de l'argent. J'essaie de garder mon sang-froid en souriant face à ces femmes paraissant assez revendicatrices. Tout se termine finalement en chanson dans une ambiance bon enfant. Après cette expérience étonnante, je repars vers les environs de Sempol où me baladerai dans les champs, notamment de fraises, aux abords des petits villages. Un peu de lecture et la journée se termine sous un beau soleil alors qu'en face du bureau de la réception, le Kawah Ijen dégaze toujours autant.

Aujourd'hui, c'est le 1er août. J'ai décidé d'aller me balader dans la région du Raung après avoir traversé la ville de Sukasari. L'itinéraire qui y mène est splendide mais la route est dans un état de délabrement avancé. On roule d'abord au milieu des plantations de café avant d'entrer dans la forêt tropicale humide de montagne jusqu'au col où l'on franchit l'extrémité sud de la paroi de la caldera de l'Ijen (Kendeng). La route, à l'origine asphaltée, devient de plus en plus défoncée et se transforme rapidement en piste. En saison des pluies, une quatre roues motrices est sans doute nécessaire pour pouvoir franchir cette piste. Je roule lentement, avec prudence, afin d'éviter les gros cailloux qui risqueraient d'endommager le carter. Après plus d'une heure de route, Sukasari est en vue. Il faut virer vers la gauche en direction de la base de l'énorme volcan Raung. Au passage, je salue les gens souriants et pointe régulièrement la piste de l'index en leur criant "Raung , Raung" ? En réponse, ils me font signe de la main ou dodelinent de la tête. Je suis bien sur le bon chemin ! La route asphaltée défoncée se transforme bientôt en une route pavée de gros blocs noirs très irréguliers. Le véhicule virevolte dans tous les sens. Je croise régulièrement la route de camions chargés d'approvisionner les petites communautés villageoises. Finalement, je décide de stopper le véhicule ~5 km après Sukasari avant de continuer à pieds vers les champs d'oignons et y faire quelques photos de l'imposant volcan. J'observe à la jumelle la crête très déchiquetée de la caldera sommitale large de 2 km. Atteindre l'arête est une véritable expédition exigeant 2 jours d'ascension avec guide et porteurs. Après quelques dizaines de minutes, le soleil ardent m'incite à faire demi-tour.

Je profiterai de l'après-midi pour visiter les installations de traitement des baies (cerises) de café de Jampit II où un étudiant stagiaire de Yogyakarta, Joannes, m'expliquera le processus de fabrication du fameux café javanais. Très serviable, il me décrit toutes les étapes du traitement des cerises de café depuis le transport jusqu'au séchage. Triage, calibrage, lavage, écorçage, séchage en sont les principales étapes qui précèdent les essais en laboratoire et la dégustation finale du breuvage. Un élément m'interpelle ! Près de l'usine de traitement, un parc animalier abrite de petits animaux ressemblant à des loutres ou plutôt à des civettes. Ils sont ici appelés civettes des palmiers ou luwaks. Ces petits animaux ne sont pas des animaux d'exhibition. Ils ingèrent les meilleures cerises de café, les traitent dans leur intestin avant de les excréter. Les cerises auraient ainsi gagné en arôme. Le café issu de ce surprenant traitement animalier est appelé Kopi Luwak et se révèle, selon plusieurs experts en café et fins connaisseurs, être un des meilleurs cafés au monde.

Mon séjour dans la superbe région du plateau de l'Ijen s'achève. Avant de repartir vers Bali, j'ai décidé d'effectuer un crochet par l'Ijen Resort, un hôtel de grand luxe situé parmi les rizières au pied des volcans Ijen et Raung. Pour cette visite, il faut redescendre jusqu'à Licin en parcourant la forêt tropicale que j'ai cette fois le temps de bien apprécier. Après plusieurs tentatives, je trouve finalement la route asphaltée qui me conduira au départ de la piste caillouteuse longue de 3 km menant à cet hôtel de luxe. Le regard porte dans toutes les directions sur des paysages enchanteurs de carte postale. Des femmes sont en train de labourer les champs de riz inondés alors qu'un homme pousse une charrue attelée par deux buffles. Après avoir garé la voiture sur le parvis de l'hôtel, je me dirige vers la réception où suis accueilli par un employé qui demande la raison de ma présence. Je lui signale mon intérêt pour la beauté du site et l' intention d'y prendre des photos. Il me conseille d'aller me balader à l'arrière de l'hôtel où je remarque une magnifique piscine à vasques. Durant le trajet de retour vers Ketapang, je filme la dense circulation jusqu'au moment où mon caméscope rend définitivement l'âme. La condensation, liée aux variations d'humidité et de température, a sans doute abîmé la bande de support magnétique en mettant hors service le mécanisme d'expulsion de la bande. Tans pis, je filmerai désormais avec mon appareil photo muni d'une fonction "film" mais sans le son. Je rejoins bientôt la pompe d'essence proche du terminal maritime et y demande de faire le plein du véhicule tandis que j'irai prendre un rafraîchissement. Le retour en ferry s'effectue sans encombre malgré les fortes rafales de vents sur le détroit. Près de deux heures seront nécessaires pour effectuer la traversée. A la sortie du terminal, je paie à nouveau un droit de stationnement alors que, paradoxalement il est impossible de ne pas stationner dans un ferry, et me dirige sans tarder vers la route du nord de l'île de Bali sous un soleil de plomb. Après avoir rejoint la côte nord très aride sur une belle route asphaltée quasi déserte, je retrouve la dense circulation habituelle des routes de Bali. Les paysages arides défilent sous mes yeux jusqu'à Lovina Beach, station balnéaire sans intérêt en ce qui me concerne. Je passe dans le centre ville de Singaraja avant d'atteindre le carrefour et prendre, à gauche, la route de montagne vers Kintamani et jusqu'au touristique volcan Batur et son beau lac de caldera.

Carte illustrant des résultats de différents paramètres physico-chimiques de l'eau de la rivière Banyupahit.

La rivière qui draine la lac acide du Kawah Ijen

L'entrée principale de l'Arabica Homestay dans la région de Blawang.

Le superbe cadre forestier et montagneux de l'Arabica Homestay à Blawang.

Le massif de L'Ijen vu du Nord.

L'entrée dans la petite ville de Sempol en provenance de Paltuding (au sud).

Petite échoppe familiale sur la piste entre Sempol et Sukasari.

Les sourires des écoliers accueillant chaleureusement le visiteur étranger !

Une famille javanaise m'accueille pour savourer un délicieux café javanais !

Les baies (cerises) de café récoltées lors d'un pénible labeur sous un soleil ardent.

Seules des femmes travaillent à la récolte du café, sans doute en partie en raison de leur plus grande dextérité et, bien sûr, aussi de leur courage.

Des cerises mûres et vertes de café

Un premier triage des baies, visant à écarter les feuilles, est effectué sur le bord de la route

La route Paltuding-Sempol-Sukasari (ici une portion de route asphaltée préservée) - Un mirador de la plantation de café de Jampit.

La façade avant du gîte de Jampit II

La façade arrière du gîte de Jampit II

Amaryllis dans le jardins de Jampit II.

Une Ibiscus dans le jardin de Jampit II

Vie quotidienne aux environs de Jampit II

Une dame s'occupe soigneusement de ses fraisiers.

Les cultures intensives de fraises aux environs de Jampit II

Une famille de Jampit pose pour la photo...

... sans oublier les enfants souriants !

Les lourdes tâches des champs sont souvent dévolues aux femmes.

Séchage des cerises de café au soleil du plateau de l'Ijen.

Il faut régulièrement retourner les cerises de café afin d'obtenir un séchage efficace.

Le luwak dévore les meilleures cerises de café à son goût. Après excrétion, il en résultera le meilleur café arabica de Java.

Joannes, mon sympathique guide lors de la visite de l'unité de traitement de café de Jampit II

Superbes fleurs tropicales des jardins de Jampit II

Contrôle routier et recensement décontracté entre Sempol et Sukasari.

Des cônes post caldera verdoyants s'élèvent entre le Raung et l'Ijen.

De petits cônes de scories arides s'égrènent au pied est du volcan Raung.

La belle forêt tropicale sur le flanc méridional de l'Ijen. Aux environs de Paltuding, la route est encore bien asphaltée.

Rizières sur le chemin de l'hôtel de luxe de l'Ijen resort

Ici, le buffle est un animal de trait encore utilisé dans les rizières.

Le dur travail, dos courbé, des femmes dans les champs de riz.

Retour à Bali via le ferry-boat en partance de Ketapang et à destination de Gilimanuk.


Photos © Alain Melchior/Alino; juillet-août 2009.

Circuit sur les volcans indonésiens en 1988