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BROMO & caldera du TENGGER (Java Est) : 23-24 juillet

 

La caldera du Tengger, large de 16 km, est localisée à l'extrémité nord d'un énorme massif volcanique s'étendant à partir du volcan Semeru. Le complexe volcanique du Tengger date d'il y a environ 820.000 ans et consiste en 5 strato-volcans se chevauchant les uns les autres, chacun tronqué par une caldera. Des dômes de lave, des cônes pyroclastiques et un maar occupent les flancs du massif. La caldera Ngadisari au N.E. du complexe s'est formée il y a environ 150.000 ans et est à présent drainée par la vallée Spikerep. La plus récente des calderas du Tengger est la caldera de la Mer de Sable au S.O. du complexe, dont la dimension est de 9 x 10 km. Elle s'est formée progressivement au cours du Pléistocène tardif (il y a ~125.000 ans) jusqu'à l'Holocène (il y a ~10.000 ans). Un ensemble de cônes post-caldera qui se chevauchent a été édifié sur le plancher de la Mer de Sable durant les derniers milliers d'années. Le plus jeune d'entre eux est le Bromo, un des volcans les plus actifs de Java et aussi parmi les plus visités. G.V.P.

 

Cartes de la caldera du Tengger

Esquisse cartographique de la région de la caldera du Tengger et du Semeru - Source : "Climbers's and Hikers's Guide to the World's Mountains & Volcanoes 4th Ed., June, 2001 ; Publication by Michael R. Kelsey"; p. 631.


Carte illustrant le trajet routier du sommet du Kelut à la bordure de la caldera du Tengger puis retour vers l'aéroport de Surabaya en transitant par le volcan de boue de Sidoarjo.

Nous redescendons rapidement du volcan Kelut pour mettre le cap sur le fameux et très touristique volcan Bromo via Malang et Pasuruan, la ville javanaise du meuble en teck. Nous reprenons la même route qu'à l'aller mais, cette fois, nous sommes obligés de traverser la grande ville grouillante de Malang qui compte 2 millions d'habitants. Après 3 heures de route, nous rejoignons la Nationale 1 reliant Surabaya à Bayuwangi où nous retrouvons dans une circulation intense et même quasi apocalyptique. Nous sommes soulagés de trouver, quelques kilomètres avant la ville de Probolinggo, la petite route qui monte en lacets vers la crête nord de la caldera du Tengger. Le contraste est flagrant. Ici, il n'y a quasi pas de véhicules 4 roues et surtout plus de camions. Seuls quelques motocyclistes arpentent nonchalamment la rue. Après trente minutes de trajet, nous arrivons enfin à l'hôtel Lava Lodge. Comme à l'accoutumée après un long trajet routier fatiguant et stressant par moments, notre première initiative sera de savourer une bière Bintang bien fraîche. Quel bonheur ! Nous revivons puis prenons rapidement un repas chaud avant d'aller nous coucher car le réveil sera très matinal. C'est à 3h30 que nous sommes réveillés. On doit se rendre au Mont Penanjakan quand il fait encore nuit afin d'arriver environ une heure avant le lever du soleil. Un Toyota 4x4 ancien modèle nous prend en charge Daniel et moi. Mais nous ne sommes pas les seuls à vouloir aller admirer un des plus beaux paysages au monde à cette heure très matinale. Une multitude de véhicules identiques font la queue afin de récupérer les clients à chaque hôtel de Cemorolawang. Nous partons donc en caravane vers le lieu-dit Mont Penanjakan qui est en réalité un promontoire, juché sur la bordure septentrionale de la caldera, aménagé en amphithéâtre afin que les visiteurs d'un jour s'émerveillent devant la splendeur de ce paysage volcanique unique, a fortiori au lever de soleil. Et c'est bien vrai que le panorama vaut le détour ! Juste avant d'atteindre le sommet, une kyrielle de marchands ambulants et de petites boutiques de souvenirs tentent de tirer leur épingle du jeux. Nous profitons juste d'une bon thé chaud avant de nous rendre à la Mecque volcanique, quasi en pèlerinage. Accrochés à la balustrade en fer, nous attendons patiemment l'arrivée des premières lueurs de l'aube dans notre dos. Les premiers déclencheurs crépitent et la bousculade n'est plus très loin. Chacun souhaite sa place au soleil !

Encore 60 minutes et le spectacle sera à son apogée. La scène est indescriptible. C'est tout simplement magnifique. Le Bromo dégaze ses grosses volutes de vapeur d'eau vers notre droite occultant partiellement la base du majestueux cône du Semeru, inactif depuis environ six mois. L'activité sismique y est toujours aussi constante mais les explosions ne parviennent plus à jaillir plus dans le cratère. Les experts du V.S.I. craignent une éruption paroxysmale dans les prochains mois mais le volcan pourrait tout aussi bien se rendormir et se retrouver dans l'état de sommeil d'avant 1967. Après l'émerveillement des yeux, nous redescendons à l'hôtel, sans passer par la case ascension de l'escalier du Bromo, afin de prendre un copieux petit-déjeuner.

Hier, nous avons réservé un véhicule 4x4 au village afin de pouvoir traverser la caldera du Tengger et nous rendre à Ranupani, petit village de montagne. Ce matin, le véhicule est bien là et nous partons rapidement vers cette étrange et immense plaine de cendre appelée à juste titre Mer de Sable. Après l'avoir traversée du nord au sud, nous montons lentement avec précaution vu que la route, serpentant dans la paroi est, est très étroite et sinueuse. Notre chauffeur klaxonne à chacun des nombreux virages afin d'avertir de notre présence. Soudainement, quelle n'est pas notre surprise, mais aussi désarroi, d'apercevoir un motocycliste filant tout droit et à toute allure vers le véhicule. Il y a juste un petit souci ! Il n'y a pas assez d'espace sur la petite route étroite pour les deux véhicules de front. Je suis assis derrière sur la droite du 4x4 et aperçois les yeux ébahis et hagards de notre motocycliste en détresse. Il roule bien trop vite et nous nous demandons comment il va pouvoir se sortir de ce mauvais pas. Passant à notre hauteur du côté ravin, je vois clairement sa peur s'exprimer sur son visage. Quelques secondes s'égrènent et quelle n'est pas notre autre grande surprise de le voir se faufiler comme un petit diable entre le ravin et les hautes herbes bordant la route. Il s'en est tiré de justesse le bougre et doit encore en trembler. Nous vérifions immédiatement que le malheureux est toujours en vie et distinguons nettement une entaille coupée au cordeau dans les hautes herbes. Il est passé par là et a tout simplement poursuivi sa route comme si rien ne s'était passé. C'était probablement un homme en caoutchouc "made in" Java. 

Après ce moment de tension inattendu, nous poursuivons la route avec encore plus de prudence et d'attention. Nous atteignons rapidement le haut de la paroi orientale de la caldera du Tengger où la route rejoint celle qui vient de Tumpang. Malgré la dense couverture nuageuse habituelle à cette heure de la journée, le paysage est magnifique et spectaculaire. Nous poursuivons la petite route jusqu'au village de Ranupani, point de départ des excursions au volcan Semeru. Malgré l'absence d'activité depuis environ six mois, il y a encore nombre d'excursionnistes indonésiens qui tentent le sommet, certains munis de carte détaillée, boussole et même GPS. Le sommet a été interdit durant un mois après l'arrêt soudain de l'activité et puis a été finalement rouvert au public. Depuis 25 ans de randonnées sur les volcans actifs, l'ascension du Semeru reste pour moi une des plus pénibles mais aussi une des plus belles.

Après s'être baladés au bord des deux lacs de cratère de Ranupani, nous rejoignons notre hôtel. Le lendemain matin, nous irons nous balader sur un des cratères les plus visités de la planète, celui du Bromo. Levés à nouveau avec le soleil, nous descendons tranquillement à pieds sur la route puis la piste de cendre qui mène au pied du fameux escalier monumental du Bromo. De loin, nous apercevons une cohorte de gens sur l'escalier de pierre ainsi que de nombreux petits chevaux javanais chargés de conduire les touristes les plus paresseux au pied du cône. Nous passons rapidement devant un temple planté là il y a une quinzaine d'années avant d'entamer la montée des quelques 150 marches parmi une foule encore importante à cette heure de la journée, 9h.

Nous atteignons rapidement le rebord du grand cratère où le panache est très dense. Malheureusement, l'épais nuage gazeux ne laisse pas entr'apercevoir le fond du gouffre. Nous décidons de faire un petit tour jusqu'à un point haut situé sur notre gauche où il n'y a visiblement personne. Toujours pas de visibilité à l'intérieur du cratère et nous comprenons vite qu'il n'y aura pas de dissipation de la colonne gazeuse.  Il faudra se contenter d'admirer le paysage dans un silence bienfaiteur. Après ces quelques instants paisibles, nous redescendons par le même chemin et reprenons la direction de l'hôtel où attend Imam. Il nous reconduira à l'aéroport de Surabaya après le déjeuner. En redescendant la route qui mène à Surabaya, Daniel réitère sa demande d'aller jeter un coup d'oeil aux fabriques de meubles de Pasuruan. Iman nous conduit donc dans une rue longue de plus d'un km abritant uniquement des marchands de meuble en bois. Comme la qualité de finition du mobilier n'est pas à la hauteur des attentes de Daniel, c'est en simple curieux que nous déambulons dans les ateliers de montage.

Nous reprenons ensuite la route vers le trop fameux site de Sidoarjo pour découvrir ce redoutable volcan (pseudo) de boue dénommé aussi volcan de Lusi. On en a tant parlé que je ne reviens pas sur la chronologie des faits et le débat qui court à propos de l'origine de ce volcan de boue, soit accidentel suite à un forage gazier profond de 3000 m. soit naturel suite à un séisme régional. Le résultat et les effets en sont tout simplement consternants et désastreux. Des millions de m3 de boue et d'eau chaude se sont déversés sur une zone densément peuplée et 16 villages ont été engloutis dans cette catastrophe. C'est un véritable désastre pour toute cette région qui était prospère avant cet évènement ! Nous passons donc sur la grand route, protégée par une digue, qui remplace désormais la portion d'autoroute engloutie par la boue du pseudo volcan. Imam immobilise son véhicule et nous prie de descendre. Il me demande de lui remettre 20000 RPH (~1,5 €), le droit d'entrée afin de pouvoir jeter un coup d'oeil sur le lieu de la catastrophe, un vaste bassin d'eau chaude couronné, à l'arrière-plan, par un nuage de vapeur d'eau diffus. Comme le niveau d'eau ne cesse de monter dans cette zone, les engins de chantier n'arrêtent jamais d'être en action afin de rehausser la digue qui protège les proches habitations proches de Sidoarjo. Sur place, de jeunes vendeurs ambulants proposent aux visiteurs étrangers des CD-ROM's relatant la catastrophe. Nous quittons rapidement ce lieu assez macabre pour rejoindre l'aéroport et notre avion DC9 de la compagnie indonésienne "Lion Air" qui nous emmènera en début de soirée à Mataram, ville principale de l'île de Lombok.

 

Le bord nord de la majestueuse caldera du Tengger vue du Mt Pernanjakan quelques minutes avant le lever du soleil.

Le paysage de carte postale, tout simplement enchanteur et grandiose !

 Du Mt Pernanjakan, le complexe volcanique de l'Arjuno-Welirang exhibe son imposante silhouette. Au fond à droite, le cratère du Welirang est encore le siège d'une extraction de soufre assez similaire à celle du Kawah Ijen, si ce n'est qu'elle a lieu à plus haute altitude.

Le cône raviné du Batok dissimule partiellement celui du Bromo, au détour d'un virage sur la piste qui conduit à l'hôtel.

Le spectaculaire panorama juste à 100 mètres de notre hôtel.

Daniel s'empresse de photographier le cône du Bromo avant qu'il ne disparaisse partiellement dans les nuages de l'après-midi.

La savane à l'est de la caldera pourrait faire penser ainsi au grand cratère africain du Ngorongoro mais sans les animaux.

Le fond de la superbe caldera du Tengger et sa paroi formée d'une alternance de coulées laviques et de niveaux de tuf.

Un tunnel de lave s'ouvre à la base de la falaise.

 

Des nuages cotonneux ceinturent le bord de la caldera

Le Gunung Widodaren est un cône volcanique situé au sud de la caldera du Tengger.

Imam cherche une cigarette, une Kretek évidemment, bien méritée après la péripétie stressante du motocycliste.

Un dernier coup d'oeil sur cette imposante caldera et nous repartons vers Ranupani.

Le point de départ du chemin qui mène au maar de Ranu Kumbolo puis au pied du Semeru -- Une soupe revigorante pour Imam sous le regard de Daniel.

Un des deux lacs qui bordent Ranupani. Ce sont en réalité des lacs d'origine volcanique appelés maar (< volcanisme explosif).

Ce matin, le ciel et le paysage se sont mis d'accord pour exhiber leur plus beaux atours.

La cohorte de chevaux et touristes au pied de l'escalier monumental du cône de cendre du Bromo.

Le même paysage vu du bord du cratère.

Daniel donne un dernier coup de rein avant d'admirer le paysage sur le bord du cratère du Bromo.

Le cratère libère un dense panache gazeux qui ne permet pas de voir l'intérieur du gouffre.

 

Seule une ombre se réfléchit dans les gaz volcaniques.

Un atelier de fabrique de meubles à Pasuruan.

Et voilà comment le plus petit mobilier est transporté !

Saisie sur l'instant du dense et anarchique trafic à un noeud routier menant vers Surabaya.

La vaste étendu d'eau chaude ceinturant le volcan de boue de Sidoarjo ou Lusi pour lumpur Sidoarjo (boue de Sidoarjo). Les habitants de la région l'appellent aussi le volcan Lapindo, du nom de la société gazière qui l'aurait accidentellement créé.

De la vapeur d'eau émane en permanence du point de forage. A l'avant-plan, on aperçoit des habitations englouties dès les premières heures de la catastrophe, soit le 22 mai 2006.


Photos © Alain Melchior/Alino; juillet 2009.

Circuit sur les volcans indonésiens en 1988