Visite de deux volcans actifs (Azufral & Galeras) dans le département Nariño en Colombie

Le poste frontière principal entre l'Equateur et la Colombie est matérialisée par le pont de Rumichaca. Attention, en principe, il faut s'arrêter au poste frontière pour aller remplir les formalités habituelles aux bureaux de douane équatorien et colombien mais, si vous ne le savez pas, vous passez sans qu'aucun douanier/policier ne vous demande quoique ce soit. Eh oui, malheureusement, il pleuvait encore ! Le changement du climat à l'échelle mondial se manifeste également dans cette région de la Cordillère des Andes septentrionale.

 

Arrivée à Túquerres par la belle route spectaculaire nationale qui relie Rumichaca à Pasto (plus appréciable par beau temps bien sûr) puis la route départementale qui mène à Túquerres . La ville se trouve à 3100 m. d'altitude sur le haut plateau d'Ipiales & Túquerres et, donc, la température y est fraîche (7°c le jour de notre visite). Cette petite cité de 10.000 habitants est le point de départ pour le volcan Azufral qui se trouve dans une réserve naturelle protégée par le "Corponariño".


Le volcan AZUFRAL; alt.: 4070 m.

L'Azufral est un stratovolcan du Sud de la Colombie, aussi connu comme Azufral de Túquerres. Il est tronqué par une caldera de 2.5 x 3.0 km contenant un complexe de dômes de lave rhyodacitique d'âge holocène. Un lac en forme de croissant, la Laguna Verde, occupe le bord nord-ouest de la caldera. Presqu'une douzaine de dômes de lave percent le fond de la caldera. Le dôme le plus récent s'est formé il y a environ 3600 ans et contient des fumerolles actives. Les roches de l'Azufral sont plus riches en silice que celles des volcans voisins. Une couche de dépôts de coulée pyroclastique rhyodacitique encercle le volcan. La dernière éruption majeure du volcan Azufral a eu lieu il y a ~1000 ans.

Après l'enregistrement obligatoire à la cabane du "Corponariño", nous progressons sur le sentier long de 6 km qui mène au cratère, dans un froid de canard renforcé par de violentes rafales de vent très frais. Au sommet à plus de 4000 mètres d'altitude, la visibilité est très réduite, à peine 30 mètres. Nous craignons de ne pas apercevoir le cratère et sa lagune verte acide.

En fin, le ciel se dégage quelque quelque peu ! Cette éphémère éclaircie nous permet de profiter d'une vue partielle sur le grand cratère (caldera) qui contient 3 lagunes dont celle-ci, la lagune blanche, dont la couleur a viré récemment au vert après infiltration d'eaux acides issues de la lagune verte et la lagune noire vierge de toute exhalaison volcanique.

 

La lagune verte se découvre très partiellement mais suffisamment pour pouvoir apprécier la couleur d'où elle tire son nom. Localement, des bulles de gaz (probablement de CO2) éclatent à la surface des eaux vertes. Le dépôt blanchâtre-grisâtre, visible sur les clichés, est issu d'une éruption phréatique qui aurait eu lieu en 2009 selon les informations de l'INGEOMINAS PASTO. Ce volcan est donc bel et bien actif.

  

Plusieurs dômes de lave s'élèvent du fond du cratère. Le plus récent et actif est encore le siège d'une activité fumerollienne assez intense et est recouvert localement de dépôts de soufre.

Gros plan sur le dépôt issu de l'éruption phréatique de 2009, en gris sur la photo de droite. L'eau bout dans la zone de contact entre de dépôt et la lagune.

Au retour, la lagune se dévoilera un peu plus pour notre grand bonheur - Retour plus calme (moins de vent) vers la cabane du Corponariño.

Vue panoramique de la lagune verte; photo de Mauro Ficarelli.

Le cône terminal de l'Azufral se dégage partiellement dans l'après-midi.

 


Arrivée à l'entrée nord de San Juan de Pasto sous la grisaille et la fine pluie ! Mauro et moi allons manger un poulet rôti accompagné de frites qui nous sera servi avec des gants en plastique pour la dégustation.

   

Visite du nouvel observatoire volcanologique de l'INGEOMINAS à Pasto, inauguré en juillet 2009. Nous avons été très gentiment reçus par Ing. Diego Gomez avec qui j'avais pris rendez-vous avant le départ vers l'Amérique du Sud. Durant deux heures, Diego nous a expliqué les techniques de surveillance du Galeras et des autres volcan du département. Il nous a ensuite dévoilé le tout nouveau site internet de l'observatoire contenant une grande quantité d'informations très variées (historiques, géologiques, ...). Un grand merci à lui pour son accueil chaleureux et ses explications très instructives ! On voit aussi la webcam qui retransmet sur internet le sismogramme du sismographe analogique du Galeras. Pas de "tornillos" ce jour là ! Le Galeras est très calme depuis plusieurs  mois.

Le volcan GALERAS; alt.: 4276 m.

Le Galeras est un stratovolcan, couronné par une grande caldera ébréchée, s'élevant immédiatement à l'ouest de la ville de Pasto. Le complexe volcanique majoritairement andésitique a été actif durant plus d'un million d'années, et deux éruptions de caldera associées à des effondrements majeurs ont eu lieu au Pléistocène tardif. Une altération hydrothermale intensive a affecté l'édifice. Ce processus géologique a contribué à générer des effondrements de grande ampleur au moins à trois reprises, produisant des avalanches de débris qui ont dévalé vers l'ouest en laissant une caldera en forme de fer à cheval dans laquelle un cône moderne s'est édifié. Les éruptions explosives majeures depuis l'époque mi-holocène ont produit des dépôts de téphra qui ont recouvert de grandes surfaces et des coulées pyroclastiques qui ont dévalé tous les flancs. Un cône central, légèrement plus bas que la bordure de la caldera, a été le siège de nombreuses éruptions petites à modérées depuis l'époque de la conquête espagnole.

Le Galeras s'est fait tragiquement connaître internationalement le 14 janvier 1993 lorsque qu'un congrès de volcanologie s'est conclu par la mort de 9 personnes, dont 6 scientifiques et 3 touristes, après une explosion soudaine (à 13h41), d'intensité modérée, dans le cratère du cône central. Le responsable de l'expédition était l'américain Stanley William qui n'aurait pas respecté les règles élémentaires de prudence et de sécurité après la mise en garde par l'observatoire volcanologique de Pasto après l'apparition de signaux sismiques harmoniques de type B en forme de vis, appelés sur ce volcan "tornillos" qui étaient apparus trois jours avant l'explosion fatale. Stanley William basait l'ensemble de sa prédiction d'activité éruptive sur les mesures de quantités de SO2 dégagés par le volcan qui étaient relativement faibles en janvier 1993. Les conclusions ultérieures des scientifiques ont montré que ces basses valeurs étaient associées à la fermeture du cratère (bouchon) alors que les "tornillos" révélaient un phénomène de résonnance des fluides volcaniques dans les conduits éruptifs superficiels (étude de Bernard Chouet). Stanley William a relaté cette tragédie et expliqué son point de vue dans un ouvrage intitulé "Surviving Galeras"

Carte topographique et de localisation simplifiée des bouches de la zone du cône central dans la caldera, établie après l'accident du 14 janvier 1993 (source GVP). Les positions approximatives des personnes tuées (9) et blessées (6) par l'explosion du 14 janvier est indiquée: 1: Geoff Brown (Open Univ, Milton Keynes, UK), Fernando Cuenca (INGEOMINAS, Bogotá, Colombia) et Carlos Trujillo (CESMAG, Pasto, Colombia) (études gravimétriques) ont été tués; 2: Néstor Garcia (Univ Nacional, Manizales, Colombia) et Igor Menyailow (Institute of Volcanology, Petropavlovsk, Russia) (échantillonnage de gaz) étaient dans le cratère et sont morts sur le coup, 3: José Arlés Zapata (INGEOMINAS, Pasto, Colombia) a été mortellement blessé par une bombe volcanique, Michael Conway (Michigan Technological Univ, USA), Luis Lemarie (Escuela Politécnica, Quito, Ecuador), Andrew Macfarlane (Florida International Univ, USA) (échantillonnage de gaz) et trois touristes (tués); Stanley William (Arizona State Univ, USA) se trouvait au-dessus de ce groupe sur la bordure du cratère. Carte par C. Connor.

 Résumé d'un article scientifique dans la revue britannique "Nature", mars 1994

C'est tout ce que nous verrons du Galeras; vue du toit de l'hôtel Palermo à Pasto (400.000 habitants) ! Son sommet restera toute la journée dans les nuages, ce qui est assez habituel en cette saison des pluies. Il faut savoir que l'accès au sommet du volcan est interdit depuis 2004 et la création d'une réserve naturelle protégée.

"La parte alta de Galeras corresponde a un Santuario de Flora y Fauna (SFFG) protegida por el estado Colombiano a través de una institución denominada Parques Nacionales;
ellos tienen cerrado el SFFG desde el 2004 cuando inició su reactivación, así que de manera oficial solo se puede ascender hasta la entrada de la cabaña de parques que se ubica sobre los 3400 msnm; se supone que el paso a la cima está restringido".

 

Explosion paroxysmale du 2 janvier 2010, 24 avril 2009 & 17 janvier 20088

Carte des risques volcaniques liés au volcan Galeras - Animation de 360° autour du cratère du Galeras (échelle verticale exagérée deux fois)


Je remercie mes fidèles compagnons d'aventures, Daniel & Antonin, qui ont participé aux 10 premiers jours de ce circuit volcanique en Equateur, avec enthousiasme et bonne humeur. Un très grand merci aussi à mon ami et collègue géologue, Mauro (FICARELLI), qui, par sa gentillesse, son amabilité et sa bonne humeur, a contribué grandement au succès de ce voyage haut en couleur, même si il a été quelque peu perturbé par la pluie et surtout les nuages sur les hauts volcans de cette région andine.

Daniel, Antonin et Mauro


 Retour page d'accueil